967 C I R E.
Elle fi.it d’abord établie en 1702. par le Sr. Preande Saint Gilles, Cirier du Roi en fa grande Chan-cellerie de France , mais fans Lettres Patentes, &fans la qualité & les privilèges de ManufactureRoyale;
En '17x9. le Sr. Joseph François de Saint-Gillesson fils, auífi Cirier en la grande Chancellerie, & laDemoiselle de Saint-Gilles sa sœur & son associée ,obtinrent des Lettres Patentes pour leur Manufactu-re , en date du 22 Mars de la même année, enregis-trées en la Chambre des Comptes le 28 Juin ensui-vant.
Par ces Lettres S. M. ayant égard aux grandesdépenses que le Sr. de Saint-Gilles leur père avoitfaites pour cet établissement, & a futilité qui enrevenoit au Public ; ensemble pour faire connoîtreà tous ses Sujets fa disposition à traiter favorable-ment , & a honorer d’une protection particulière ,ceux d’entr’eux qui tâchent de contribuer a l’avan-tage du Commerce; agrée & confirme rétablissementfait de ladite Manufacture des Cires & bougies auvillage d’Antony, par ledit défunt de Saint-Gilles ;permettant audit Joseph François de Saint-Gilles, &a ladite Demoiselle de Saint-Gilles fa sœur & sonassociée en ladite entreprise, leurs hoirs & ayans-cause , de faire mettre au dessus de la porte de leurmaison d’Antony, un tableau avec ces mots : Ma-nufacture royale de Cires ët de Bougies :Voulant 8. M. que ladite maison, tant qu’elle servi-ra à ladite Manufacture, soit & demeure exemtede logement de gens de guerre ; comme auss queles Commis & Ouvriers employés a ladite Manu-facture, soit pour le blanchissage des Cires, soit pourla fabrique des bougies , jouissent de l’exemption dela taille & autres impositions, qui font ou pourrontêtre levées audit village d’Antony, pourvu néan-moins qu’ils ne fassent aucun autre travail ou com-merce que pour ladite Manufacture, & ne fassent.valoir aucun héritage dans ladite Paroisse; & qu’ilsn’ayent pas déja été assujettis auxdites impositions :aúquel cas 8. M. veut qu’ils soient & demeurent fi-xés a la somme a laquelle ils se trouveront avoir ététaxés la dernière année, fans pouvoir être augmen-tés ; sinon en cas qu’ils vinssent a entreprendre quel-que nouveau négoce, a acquérir de nouveâux héri-tages , ou à se charger de quelque nouvelle exploita-tion.
Les soins, l’application & les dépenses des nou-veaux Manufacturiers , portèrent bien-tôt la perfec-tion de ces ouvrages au plus haut point de finesse ,de blancheur & de beauté ; & tout ce qu’on peut dé-formais raisonnablement leur demander , c’est qu’ilsne dégénèrent point, & qu’ils soutiennent la premiè-re réputation de cette Manufacture.
Pour justifier cette espèce d’éloge, & en mêmetems exciter l’émulation des autres habiles Blanchis-seurs , aussi-bien que pour instruire ceux qui tendenta la perfection du blanchissage des Cires, mais quien font encore éloignés, on va entrer dans le détailde ce qui fe pratique a Antony dans ses divers atte-liers, après néanmoins qu’on aura fait une fuccin-te description de remplacement de cette Manufac-ture.
Description de la Manufacture d!Antony.
L’emplacement de cette Manufacture contient entout environ 26 arpens, qui forment un carré pres-que régulier; une partie de ce terrain est occupée pardivers grands bâtimens ; les uns destinés au logementdu Maître, de fa famille & de ses Ouvriers ; & lesautres où font les atteliers & les magasins.
Dans une autre partie est ce qu’on nomme ÎHer-lerie , c’est-a-dire, le lieu où font les toiles fur les-quelles les Cires s’exposent au soleil & k rosée.Le reste se partage en des potagers , une orange-rie , des boulingrins, des vergers , un grand refer-
c I R E. 968
voir , des bassins , des cascades, & plusieurs autrespièces de jardinage pour l’ornement & pour l’uti— .lité.
La principale entrée, qui est située fur la granderue du village, a un des coins de l’enclos , présen-te d'abord une vaste avant-cour longue de 100 toi-ses, & large d’autant ; aux deux côtés font des al-lées d’arbres de tilleuls. Au bout font cinq remisespour mettre a couvert les fourgons & autres voitu-res qui conduisent journellement les Cires en pain& les bougies a Paris ; au-dessus logent une par-tie des ouvriers employés au service de la manufac-ture.
A main droite de l’avant-cour, & assez près dela porte d’entrée, est une basse-cour où font les écu-ries, la vacherie, les poulaiHiers & les autres bâti-mens nécessaires a un ménage de campagne : c’estla aussi où demeure le Jardinier, & où est la loge duPortier.
A main gauche, vis-a-vis de la bassg-cour, est unemagnifique chapelle entièrement isolée. Les marbres& les peintures dont elle est ornée, aúffi-bien que fagrandeur & la beauté de son architecture, la peuvent■mettre au nombre des plus belles chapelles qu’au-cun particulier puisse avoir dans fa maison.
En suivant du même côté, on entre par une gril-le & une porte de fer dans une espèce de labyrin-the formé de divers treillages de deux k trois piedsde haut, couverts de toutes sortes d’arbres verds.Dans ces intervalles font des compartimens de par-terres , où l’on cultive les fleurs les plus rares ; desbustes & une statue de marbre avec quelques jets—d’eau, embellissent encore cet agréable lieu. C’estpar ce labyrinthe qu’on va a la masson , qu’on trou-ve a main gauche.
Cette maison est composée d’un corps de logis atrois étages , & de deux grandes aîles fur la mêmeligne, qui n’est qu’un rès de chaussée , & une man-sarde au-dessus.
Dans les deux aîles font la fonderie & les maga-sins pour la Cire jaune, & ceux pour la Cire blanche,& le lieu où l’on plie &où l’on pèse la bougie. Lecorps du logis est le logement du Maître , dont lesappartemens font également commodes, & de bongoût.
Les deux magasins en blanc font dans les mansar-des des aîles, & peuvent contenir chacun jusqu’a50 milliers de Cire ; le magasin en jaune est en bas.
Au bout de la seconde aile en retour, sont lesatteliers où se fabrique la bougie ; & au-dessus de cesatteliers, le magasin de la Cire blanche en pain , quis’y conserve dans des tonneaux.
En face du grand corps de logis est une petitechute d’eau en forme de cascade, qui coule a tra-vers de deux gazons bordés de fleurs.
Derrière la cascade est l’herberie : elle est parta-gée en deux , dont chaque partie contient 25 carrésou établis, chacun garnis de leurs toiles & de leursfilets de xoo piés de long.
On y va par deux chemins : celui qui est k droitede la cascade & qui n’est que pour le Maître, tra-verse un beau plant d’arbres , au bout duquel est unegrille de fer par où l’on entre dans l’herberie; l’au-tre chemin est a gauche, c’est par celui-ci qu’ontransporte les Cires furies toiles, ou qu’on les ra-mène k la fonderie & aux magasins ; un quinconcede jeunes tilleuls y conduit.
Deux potagers parfaitement cultivés s’étendent lelong de ces deux chemins.
Au bout du chemin de la gauche est le grand ré-servoir des eaux ; il est voûté & peut contenir jus-qu’a 2000 muids d’eau : c’est ce réservoir qui four-nit l’eau k la cascade.
Celle dont il s’emplit, vient d’une source d’eauvive d’environ un pouce & demi, qui en passantpour aller au réservoir, forme un magnifique bassin, '
qui