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Tome 1.
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CIT. CIV.

ce!ui du Melon ; mais comme fa chair est ten-dre , & abondante en suc aqueux , limpide, &sucre, il est très estimé pour désaltérer & ra-fraîchit dans les grandes chaleurs du tems, & dansles maladies aiguës. Car dans les Pais chauds, cefruit est fort sain a toutes sortes de personnes, pour-vu qu o n n’en faste point d’excès. II est excellentdans les fièvres ardentes, & dans la séchereste de lalangue. Plus les Pais font vers la Ligne équinoctiale,& plus ce fruit est délicat & bien-faisant, aussi ily est plus utile. II est étonnant que le Père Labatn’en ait dit qu’un mot, & qu'il eût de la peine a s’yaccoutumer. Je n’ai guére vû dans les Indes d'Eu-ropéen, & entr'autres de Hollandois, qui étant unpeu altéré n’ait d’abord trouvé ce fruit bon. Carfans soif & sans un tems chaud, j’avoue que songoût n’est pas des plus attrayans, mais rien n’estplus délicieux a manger quand on est altéré, &qu’on a la bouche sèche.

Les Espagnols & les Italiens le nomment Angu-ria : fans doute que ce nom dérive du mot Espa-gnol Angurria , qui veut dire rétention d urine. Effec-tivement, comme il tempère beaucoup les grandeschaleurs du corps & les inflammations, il rétablitficiíement le cours de surine retenue par ces cau-ses. Les voyageurs les appellent Melons d Eau , parcequ ils ont beaucoup d’eau dans leur maturité, neu-tres les nomment Patéques , nom qui vient proba-blement de l'Arabe , Batecha , car il se trouve ainsidans Avicenne. La chair de ce fruit est rougeâtreaux uns, à blanche, ou jaunâtre , aux autres. LaCitrouille se conserve assez long-tems, & on lavend en grande quantité aux marchés des Villes,dans les Pais chauds. Le mot de Citrouille n’estusité que chez les Droguistes & les Apoticaires.On donne quelquefois ce nom au Potiron , queplusieurs appellent Courge. 11 y a dans la Perse desPatéques, ou Melons d’eau, qui pèsent i y a 20livres, comme je l’ai vû, après Chardin. U n’estcependant pas le plus gros de tous les fruits quiramoent fur la terre , comme le dit f Auteur, c’estau Potiron qu’il faut donner cet avantage, quoiqu’ilne soit pas a proportion si pesant. * Mémoire de M.Garcin.

Les Citrouilles payent en France les droits d entréefur le pied de io f. le cent en nombre.

* CIVETTE. Espèce de parfum, qui porte lenom de l’animai dont on le tire, & qui lui est par-ticulier.

La Civette est un petit animal a peu près faitcomme un chat, à la réserve que son museau estplus pointu, qu’il a les griffes moins dangereuses,& crie autrement.

On fait que c’est un quadrupède qui habite l’A-frique,les Indes, le Perou, le Brelil, la Nouvel-le Espagne, la Guinée; que Belon, & après lui quel-ques modernes, entr’autres M. Perrault dans ses Mé-moires d Histoire naturelle , reconnoissent la Civettepour l ’Hyène d Aristote , & ceux-la l’ont nomméeHycena odorifera ; d’autres la croyent la Panthèredes Anciens ; d’autres la prennent pour une espècede chat sauvage, & la nomment F élis Zibethica ,parce qu’elle porte un Parfum, appellé par les Ara-bes Zibet , d’oû elle a pris son nom François de Ci-vette. Celle de Guinée est assez semblable k celledu Levant ; mais ce qu’on appelle Civette occiden-tale , ne lui ressemble en rien.

Caflellus , Fallope , Thomas Bartholin, & M. Per-rault même, n’ont parlé que superficiellement dusac & du parfum de cet animal. Ce sera donc d’a-près les observations de M. Morand , dans les Mé-moires de P Académie Royale des Sciences , pour sati-née 1728. qu’on peut en parler savamment, & plusjustement que M. Savary ; nous en prendrons lesparticularités les plus remarquables.

Ce sac est situé entre l’anus & le sexe de l’ani-

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mat, a peu près comme celui où les Castors por-tent leur Castoreum. 11 pend extérieurement entre lescuisses de la Civette. II est assez grand. En gros,c’est une cavité enfermée dans une envelope é ..ali-se , & qui a une longue ouverture en dehors, de lafigure d’une vulve.

Toute l’épaisseur de senvelope est formée pafune infinité de petits grains, qui font ies glandesoù se filtre la liqueur odorante. En regardant deplus près ces grains avec le Microscope, M. Moranda découvert qu’ils étoient accompagnés d une infini-té de Follicules ou petites bourses qui contenoientde la liqueur déja filtrée. Dans cette liqueur, cequi est singulier, il y a de petits poils pôles fansordre ça & la. Ils n’ont point de racines, & nstiennent point les uns aux autres.

La cavité du sac est occupée par deux espèces dôpelotons de foie courte , toute imbibée de la li-queur odorante, qui paroit comme une huile blan-che.

En comprimant l’épaisseur de senvelope, on enfait sortir par les pores, ou plutôt par les canauxexcrétoires de fa membrane interne, l’huile odoran-te , qui va se rendre dans la cavité du sac ; ellesort, non par goûtes séparées, mais en forme dejet continu.

On ne connoit pas assez la Civette pour savoiren quelle occasion elle jette son huile, ni quel usa-ge elle en fait ; mais enfin on voit bien que le mé-chanisme est destiné a en empêcher l’écoulcment per-pétuel. Les pelotons soyeux font l’office d’une épon-ge , qui garde la liqueur dont elle est abreuvée jus-qu’k-ce qu’on l’exprime.

II se fait un grand trafic de Civette k Ca'icut, kBassora, & en d’autres lieux des Indes , de l’Orient,& de l’Afrique, où se trouve l’animai qui produitce parfum. On voit aussi des Civettes vivantes enFrance , & en Hollande ; mais elles y ont été appor-tées du Levant. Les François ne les conservent gué-res que par rareté. Pour les Hollandois, qui en nour-rissent en assez grande quantité, ils en tirent la Ci-vette , pour en faire commerce ; & c’est ce qui four-nit une partie de celle qu’on apporte de Hollande.

Avant qu’on eût vû de ces animaux en Europe,& qu’on y eût observé comment s’en tiroit le par-fum , on y croyoit communément, fur les rélationsde quelques Voyageurs, que ce n’étoit que la sueurde cet animal irrité & mis en colère : & ceux quiaiment la lecture instructive & divertissante des vo-yages , fe souviendront peut-être d’en avoir iû, quidisent affirmativement, qu on enferme les Civettesdans des cages de fer ; & qu’après les avoir long-tems battues avec des verges, on ramasse avec unecuilliére, a travers les barreaux de la cage, & d’en-tre les cuisses de cet animal, la sueur , ou écume,que la colère & i’agitation y ont produite ; & quefans cette précaution, l’anímal ne donneroit aucunparfum.

Inexpérience a fait voir la fausseté de ce récit ; &l’on ne doute plus maintenant que le parfum de laCivette ne soit une liqueur onctueuse & épaisse, quise trouve naturellement dans une poche , que cettaespèce de chat Asiatique, ou Africain, a entreTa-nus , & le sexe , ainsi qu’on l’a déja dit, & bien ex-pliqué ci-dessus.

11 faut choisir la Civette, nouvelle, d’une bonneconsistance , c’est-a-dire, ni trop dure , ni trop mol-le , d’une couleur blanche , & d’une odeur forte, &assez désagréable. Au reste, puisque dans le Levant,a moins que de la voir tirer soi-même, on court ris-que de 11’avoir que de la Civette sophistiquée, onjuge bien qu’on 11e doit pas s’attendre de savoir pluspure en Europe : aussi il ne faut que médiocrementfe fier aux petits écriteaux , soit imprimés, soit écritsk la main , que ies Hollandois mettent ordinairementfur les pots de Civette, comme pour certifier leur

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