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Tome 2.
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mortier , qu’ils recouvrent de rameaux pour éviterla malpropreté. Ils y portent toutes les Dattes quifont devenues allez molles en íè séchant, & ils enretirent le syrop, qui tombe dans des badins qu’ilsont pratiqué; au dessous: si la quantité de syrop ne ré-pond pas a leurs désirs, ils versent de l’eau bouil-lante sur ces Dattes, afin de rendre plus fluide lesuc mielleux & épais qu’elles contiennent. Ceux quihabitent les montagnes, & qui n’ont pas de Palmiers,tirent le syrop d’une autre maniéré. Ils pilent lesDattes, que les habitans du pais des Palmiers ont déjafait passer au pressoir : ils les font bouillir dans unegrande quantité d’eau, jusqu’a ce qu’elles soient ré-duites en pulpe , dont ils ôtent les ord&es, & qu’ilsfont bouillir jusqú’à la consistence de syrop, lequeln’est pas comparable pour la bonté a celui que P onretire par le moien des clayes.

Les païsans qui habitent les lieux où viennent lesPalmiers, font avec leurs troncs des pieux & des pou-tres , pour soutenir le toit, & servir de charpente aleurs chaumières : ils ferment tout le reste grossiè-rement avec des branches feuillées de Palmier , fansclous ) fans régie, fans art & fans industrie. Le Pal-mier leur fournit encore les meubles nécessaires. Ilsfont des fagots avec les branches feuillées, des ba-lais avec les grapes, des vases & des plats avec lesspathes ou envelopes, auxquels ils donnent la figu-re qu’ils veulent ; & ils font des cordes très fortespour leur marine avec les hampes des grapes, &même des chaussures.

On prépare différentes fortes de nourriture des dif-férentes parties du Palmier. La moelle de son som-met , & même les tendres branches feuillées qui fonten forme de cône au sommet des jeunes Palmiers,fournissent une nourriture très-délicate. Les jeunesgrapes mâles ou femelles de la longueur d’une pal-me , ne font pas moins bonnes a manger, & ne lecèdent point aux autres confitures. On peut mangertoutes ces parties ou crues ou cuites avec du mou-ton. Je ne parlerai point des confitures que l’on enpeut faire : mais les Dattes elles-mêmes surpassenttoutes ces préparations, & elles fournissent une di-versité de mets qui font fort agréables. Car dansl’été les Dattes presque vertes & récentes, & dansles autres faisons les Dattes sèches & dont on a ex-primé le suc, fervent à rassasier le peuple , qui lesaime a cause de leur douceur onctueuse, de leur mol-lesse , de leur couleur, de leur goût & de leurs au-tres qualités, soit naturelles, soit celles qu’on leurdonne par les différens degrés de siccité , & les dif-férentes manières de les confire & d’en exprimer le. suc. Elles fournissent un aliment qui ne charge pasl’estomac par le poids ou par le long séjour , & quine trouble point la tête par une vapeur qui enyvre :c’est une nourriture très salutaire & fort temperéepour ceux qui ne boivent que de l’eau. Mais lorf-qu’elles font sèches, elles font plus fermes & diffi-ciles a digerer. On fait bouillir les osselets pour lesamollir, & ils fervent de nourriture aux bœufs quine travaillent pas. Le peuple fe sert du Syrop deDattes en guise de beurre pour la pâtisserie, & pour as-saisonner le ris & la fine farine, lorfqu'on veut ferégaler dans les festins, & les jours de fête.

Les Anciens, selon le témoignage de Strabon &de Diofcoride, jettoient de l’eau fur les Dattes pour lesfaire fermenter & en tirer du vin; ce que l’on faitencore dans la Nacolie , rarement a la vérité & encachette, parceque cela est sévèrement défendu parla Religion de Mahomet. Mais on en distille plus sou-vent un esprit ; & quoiqu’il soit aussi défendu, onle fait passer sous le nom de remède pour soulagerles crudités & les coliques d’estomac : & afin de mieuxguérir ces maux, les gens riches y ajoutent avant ladistillation, de la Squine, de l’Ambre & des Aro-mates : mais le commun du peuple y met de la ra-cine de Réglisse H de l’Absinthe de Perse, ou de la

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petite racine du vrai Jonc odorant, ou de la Sementi-ne de Turquie ou de Perse.

Le Palmier Dattier vient de lui-même dans I’A-frique , où il produit beaucoup d’excellens fruits,auffi-bien que dans la Judée , la Syrie & la Perse.On le cultive dans la Grèce, dans l’ítalie & dans lesProvinces méridionales de la France : mais il y pro-duit rarement des fruits ; & ceux qu’il y produit nementissent jamais, ce qui vient peut-être de cequ’iin’y a pas de Palmier mâle.

On fait avec les feuilles du Palmier de grands &de petits paniers, qui fervent a mettre des fruits secs,comme .figues & raisins. On les nomme Cabas.

Nous ajouterons ici quelques remarques de Mr.Garcin.

Le Palmier s’éléve fort haut, ne croît que dansles Païs chauds & sur-tout aux environs de nôtre Tro-pique. Son tronc est couvert d’écailles , qui ne fontautre chose que les parties de l’écorce qui ont servide bases aux feuilles, dans les différens tems & lesdifférais degrés de son accroissement; lesquelles ba-ses restent a mesure que le tronc se dépouille defeuilles chaque année. Cet arbre ne porte que desfeuilles toujours près de son sommet, sans donnerjamais aucune branche. On fe trompe, quand on.prend pour des branches, les longues côtes des feuil-les divisées a la manière de la barbe d’une plume.Une preuve que chaque côte fait partie de la feuillequi semble à une frange des deux côtés , c’est qu’elíene tombe jamais de l’Arbre, qu’avec la côte même,après avoir fait son tems en faveur de la fructifica-tion de cette espèce. C’est la une loi qui régne danstous les genres de Palmacées, lesquels n’ont jamaisde branches, mais dont les feuilles font toujours descôtes frangées qui tombent lorfquelles ont fini leurtems. Les plus vieilles tombent a mesure qu’il ensort de nouvelles au plus haut du sommet.

Les Fleurs du Palmier, ainsi que celles du Coco-tier , & des autres genres de la Classe des Palmá-cées ,sont toujours petites, & k 3 pétales, toutes dis-posées en grapes, qui font pendués chacune a un pé-dicule qui ne fort que du tronc, entre les bases desfeuilles. Elles différent extrêmement dans leur formede celles de safran, auxquelles Mr. Savary les avoircomparées.

Cet arbre est d’une grande utilité dans les Païsles plus chauds & les plus arides, tels que fontceux de l’Afrique & de l’Asie, situés aux environsdu Tropique, savoir entre le 20 e & le 3 y e degré delatitude septentrionale. Ces Pays font de tous leslieux du monde les plus secs, les plus brûlés dusoleil, les plus sabloneux, où la pluie tombe leplus rarement , & par conséquent où les terresfont les plus dépourvues de fontaines &de riviè-res. II n’y a point d’arbre qui résiste plus a l’ar-deur des climats brûlans que celui-la. Aussi c’estdans ces lieux si chauds qu’il abonde le plus, don-nant lui seul par son fruit, la principale nourriture kses habitans : car c’est une chose certaine, que plusle Païs est chaud & sec, & plus son fruit est excel-lent. C’est le même qui porte le nom de Datte. Labonne espèce est peu connue en Europe, car l’onn’y voit chez les Droguistes que de la moindre. Lesmeilleures Dattes fe conservent long-tems avec leursuc, quand elles font bien préparées, réduites enmasse cimentée par ce même suc qui est glutineux ,& mises dans des cabas a la manière des figues, oudes pfunes de Brignole. Ces Dattes en cabas font fansnoyaux, de couleur brune, molles,applaties &glu-tinées les unes aux autres de maniéré qu’elles sem-blent comme confites, douces, tendres, agréablesa manger & fort nourrissantes. On les mange fur leslieux en guise de pain, sur-tout dans ceux où les grainsfont rares.

Le Païs en particulier où les Palmiers abondentle plus, & y fournissent a ses habitans cette espèce

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