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Tome 2.
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i 7 DATTE.

de pain, c’est le Biledulgerid , qui est une grandecontrée de l’Afrique au midi de la Barbarie. C’estd’où vient son nom , car il signifie la Terre aux Pal-miers. Les Naturels en font un bon commerce. Tou-tes les terres qui environnent le Golfe Persique,en font aussi fort remplies. Ce Pais-la est le plussec de tous ceux que j’ai vus, aussi les voyageurs quiy ont passé n’ont pas oublié de parler dans leurs Re-lations de cette circonstance qui est si sensible.

Le Palmier & le chameau font les seuls _ d’entreles végétaux & les animaux qui vont de pair a l’é-gard de l’ardeur des climats les plus chauds ; quandils souffrent par des sécheresses extraordinaires, lereste des plantes & des animaux périt la plus gran-de partie. C’est ce qui paroit dans le Prophète Joëlchap. x. j/. 12 . où il est parlé d’une sécheresse ex-traordinaire dont les Juifs étoient menacés, laquel-le devoit dessécher tous les arbres fruitiers & mêmeles Pahniers. Ce mot même montre qu'elle devoitêtre extreme, puisque les Palmiers font de tous lesarbres ceux qui la craignent le moins.

Sans cette arbre la plupart des pays les plus chaudsseroient tout a fait déserts * & il n’y habiteroit per-sonne. Ce qui montre que la Providence y a pour-vû, en fournissant des moyens a i’homme pour habi-ter dans ses lieux les plus difficiles de la terre; savoirdes plantes & des animaux propres & utiles à cesendroits si rudes, tandis qu’ils ne pourroient subsis-ter dans d’autres, ni y être d’aucun service. Le fruitdu palmier y sert de pain, & le lait & la chair duchameau y font le reste de la nourriture.

De cette utilité si nécessaire du Palmier, passonsà une merveille qui regarde fa propagation, à quia fort exercé i’esprit des Anciens. II faut remarquerque ce genre comprend deux especes, dont l’uneporte des fleurs seulement, & l’autre le fruit. Lapremière esnéce est proprement le mâle, & l’autrela femelle. Celle-ci porte bien une sorte de fleur,mais elle n’a point d’étamines; c’est purement unefleur a fruit, qui ne contient que le pistiíe ou ovaire.

Les Anciens ont observé dans ces deux espèces unphénomène qui les a surpris ; c’est que le maie,plus il est planté près de la semelle, & plus la fécon-dité de celle-ci se trouve sensible ou considérable.On volt pour lors son fruit plus abondant, plusgros & mieux nourri, & atteindre mieux son degréde maturité, Etant cueilli, il se conserve plus long-tems ; mais sur-tout on a observé que ses noyaux sontmieux fécondés & plus capables de produire leursespèces : ce qui n’arrive pas li ses semelles ont étéprivées de la vertu du mâle.

C’est un fait dont ils n’ont jamais pû donner rai-son, que sous celle d’une vertu sympathique, oud’une vertu occulte ; c’est ainsi qu’ils appelioient leseffets singuliers, comme ceux de i’Aiman, des CorpsElectriques, ou autres , dont ils ne pouvoient expli-quer les causes. Us pensoient enfin que ce Phéno-mène des Palmiers ne pouvoir avoir lieu, que partine inclination que ces Arbres de différons sexes a-voient l’un pour l’autre , en un mot, par un mou-vement & un amour, qu’ils n’apercevaient pas sibien se trouver parmi les autres plantes, quoique lachose soit véritablement égale. * L’amour & la sim-pathie sont une même chose. Quoicpie dans ses plan»tes, cet amour ne se fasse pas tout-a-fait de la mêmemanière que dans ses animaux, i’analogie cependantqui s’y trouve pour propager leurs eípéces, par lemême nombre de parties destinées 'a la génération ,qui se rélpcontre dans leurs fleurs, empêche d’exclu-re tout-a-fait l’ufage de ce terme , si bien établi parles Anciens fur cette matière. Car ils avoient rai-son 4’attribuer aux Palmiers le même rapport, puis-qu’if y étoit plus sensible qu’aux autres plantes,quoi-qu’ils n’en comprissent pas 1e Mécanisme comme on

ff- Voyez ce qui est dit dans f Article Fleur.

DATTE. itz

fait aujourd’hui, & dont la découverte est encoresort récente.

Mais comme la plupart des hommes se plaisenttoujours d’augmenter 1e merveilleux dans ses chosesrares, nouvelles, ou peu connues, sur-tout dans cel-les où il paroit y en avoir deja , il s’est trouvé par-mi les Anciens des gens qui ont avancé lâ-dessusdes choses fabuleuses, par exemple, que dans 1e temsdes amours des Palmiers, 1e mâle & la femelle fal-sifient un mouvement, & se courboient un peu parleurs parties supérieures l’un vers l’autre récipro-quement. D’autres ont crû que c’est la femelle seu-lement qui se courbe vers le mâle, & que celui-ci , d’une manière fière & fans mouvement , en-grossit fa femelle par son seul regard. C’est peut-être pour cette raison que le célèbre Mr. de Tourne -fort fut en Andalousie où il y a des Palmiers, pourobserver s’il pourroit y découvrir quelque chose desemblable ; mais il n’en put rien apprendre de cer-tain. C’est ce qu’on voit dans son Eloge par Mr.de Fontenelle.

Les anciens Historiens de la nature raportent quécette copulation des sexes, s’étant trouvée mani-feste , on chercha 1e moyen de leur aider’dans lasaison, pour augmenter la fertilité du Palmier fe-melle, appellé plus communément Dattier. On trou-va l’inventioji, & l’on y réussit : C’étoit de couperlâgrape de fleurs du mâle dans 1e tems propre, & d’ensecouer la poudre qui sort des étamines, fur le hautde l’arbre semelle. Celui-ci recevoit de cette pratiquetout l’avantage qu’on en pouvoit désirer ; le fruit enétoit plus abondant & plus nourri, il se conservoitmieux jusqu’â maturité , fans tomber ou avorter. Onfait a présent depuis peu d’années , que la poudredes étamines dans ses fleurs, est la partie spermati-que des plantes , & que c’est elle seule qui rend fé-condes les parties femelles des mêmes plantes. Maison n’a jamais vû la chose si clairement que dans sesPalmiers. Voila tout 1e mystère des anciennes a-mours des espèces de ce genre. On voit par la Phy-sique , devenue plus éclairée dans le siécle présent *que ses Anciens n’avoient pas tout le tort.

Cependant il a plíi au Père Labat-, en parlant duDattier de la Martinique, dans son voyage aux Ilesde l’Amérique , de dire » qu’il est fâché de ne pou- :» voir pas souscrire à ee sentiment des Naturalistes ,

33 qu’il en est empêché par une expérience qu’il a très33 lúre, opposée directement â leur sentiment, & qui33 dément absolument ce qu’on en rapporte sur leur33 bonne foi. 33 Son expérience consiste en un Dat-tier qu’il y avoit a côté de son Couvent, & quietoit seul, (sans y en avoir aucun a deux lieues a laronde , ) auquel il a vû raporter du fruit. Plus bas,après avoir comparé cet exemple â celui des Pou-les qui font des œufs fans le secours du Coq, ilprend plaisir encore, de dire d'un air moqueur 33 qu’il33 faut que Messieurs les Naturalistes prennent la pei-33 ne de corriger ce qu’ils ont dit, de la nécessité dû33 Palmier mâle pour rendre la semelle féconde. 33

On voit que ce Père, rempli de son opinion, n’apas entendu l’état de la question des anciens Natu-ralistes. Ils n’ont jamais nié que 1e Dattier, qui estle Palmier femelle, ne puisse donner du fruit fans sesecours du mâle. Ils ont seulement entendu, com-me je l’ai déj'a dit, que le mâle sert a féconder lesnoyaux pour produire leurs espèces, & qu’outre ce-la le fruit se nourrit & se conserve mieux fur l’ar-bre, fans tomber ni avorter; ce qui le rend plusabondant, & la récolté par conséquent plus profi-table. C’est un fait avéré , que depuis la découver-te ancienne de la méthode de féconder ses Dattiers *on l’a toujours pratiquée, & qu’on la pratique actuel-lement dans les Pays où ce fruit est si nécessaire. Ons’en trouve trop bien pour l’abandonner jamais.Elle consiste aujourd’hui a attacher dans la saison ausommet du Dattier ou Palmier semelle, une grape

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