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Tome 2.
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des feu il Les piquantes fur ses bords , qui ressem-blent à celles du Houx ordinaire, toujours vertes,fans tomber, mais beaucoup plus petites. II donnedes glands assez gros, nonobstant fa petitesse. Onle nomme Cbène-verd , parce que ses feuilles ne tom-bent pas, & restent toujours vertes.

La meilleure graine d’Ecarlate qu’on tire de cepetit arbrisseau, nous vient du Languedoc & deProvence, où elle y est aussi plus abondante. LesMédecins la nomment Kermès , ou Chermés, nomqui vient des Arabes ; & les Teinturiers Françoislui ont toujours donné celui de Vermillon. L’un &l’autre de ces noms signifient également vermisseau,parce qu’en effet cette graine vient d’un ver, & qu’onla trouve au bout d’un tems, toute remplie de vers,quand elle reste fur son lieu. On a soin quand onl’a cueillie, d’empêcher leur naissance par des pré-parations qui la conservent pour le besoin; car sanscela , elle deviendroit vuide & presque inutile auxusages qu’on en fait.

Les Anciens & les Modernes, avant les dernièresdécouvertes, ont été fort embarrassés de connoîtrel’origine & la nature de cette Drogue. Les unsl’ont prise pour un véritable fruit, sans connoîtrela plante qui le portoit ; d’autres pour un excrémentde l’Arbuste même, fur lequel on le trouvoit ; &enfin d’autres, pour une espèce de petite galle, ouexcroissance formée par la piqueure d’une moucheparticulière, comme est la noix de galle ordinaire ;Mr. de Tournefort étoit de ce nombre. Le Comte deMarfigli & Mr. Nisole, Médecin de Montpellier,firent des recherches nouvelles & des observationspour la mieux découvrir chacun de son côté, maisils ne purent y parvenir entièrement. Deux autresMédecins d’Aix, Capitale de Provence, savoir Mr.Emeric , & Mr. Garidel , tous deux très habiles, s’yappliquèrent de concert presque en même tems, &avec plus de bonheur. Le premier y fut excitélongtems auparavant par Mr. de Tournefort, qui étoitauffi d’Aix , & très connu dans la Botanique par sesexcellons ouvrages. Ils découvrirent parfaitementque la graine d’Ecarlate, ou le Kermès, n’étoitautre chose véritablement, dans fa totalité, que lecorps d’un insecte métamorphosé en coque, d’unemanière qui lui est naturelle, & dont voici l’his-toire en abrégé, d’après les observations de cesdeux saVans Provençaux , que l’on trouve danscelle des Plantes de Provence , faite par Mr. Gari-del, imprimée en 171$.

II faut considérer les progrès de cette métamor-phose , en trois tems différons. Dans le ier. tems ,on voit un petit animal nouveau né , moindre qu’ungrain de millet, au commencement du mois de Mars,grimper & s’attacher fur les branches de cet arbrisseaunain, où il fe fixe & demeure bien-tôt immobile, demaniéré que peu de tems après il n’est plus en sonpouvoir de changer de place. C’est alors qu’il faitson accroissement plus vîte, car il paroît grossir &s’enfler par la nourriture qu’il suce peu a peu. C’estcet état d’immobilité qui a trompé bien des curieux,ne paroissant alors que comme une petite vessie ,qu’on a prise pour un tubercule de l’écorce de laplante h laquelle il se trouve attaché. Pendant cetaccroissement il devient hérissé d’un petit coton ouduvet sur son dos, dessous & autour du ventre, cequi lui sert comme de nid co lé a l’écorce. Sa figureest convexe comme la moitié d’une prune en petit, &en ayant presque la couleur fous le coton. On voitdans les endroits de son corps qui n’en sont pas cou-verts , quantité de points brillans de couleur d’or,& des rayes qui le traversent de distance en distancedans fa largeur.

Dans le second tems, qui est au mois d’Avril, ilfe trouve accompli dans son accroissement, ayanttoutes les dimensions qu’il doit avoir, fa figure étantpour lors ronde & de la grosseur d’un pois, ou envi-

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ron. Sa peau est devenue plus fermé, & son cotonchangé en poudre par dessus. |l ne paroit plus alorsqu’une coque remplie d’une^iqueur rougeâtre sem-blable a du sang pâle.

Enfin le troisième tems est vers la fin de Mai, ouplutôt ou plus tard, suivant la bonté de la saison; c’estalors que la coque fe trouve remplie d’œufs très pe-tits & ovales ; ils font la moitié plus petits que la grasine de pavot. Ces œufs ne sont proprement placésque fous le ventre de cet animal, parce qu’à me-sure qu’il les pond , il les fait passer sous le ventredans le nid de coton que couvre son corps., l’un &l’autre étant attachés a l’écorce de l’arbuste. Son ven-tre se retire vers le dos, à mesure que le nombre des'œufs augmente dans fa nichée.

Enfin ce même animal périt bientôt quand fa pon-te est achevée. Après fa mort & après même êtredesséché, son cadavre ne fe détache point de l’ar-bre , étant encore utile k ses œufs & aux petits quien doivent naître ; il sert, en un mot, de coque soli-de pour défendre la nichée contre les injures du de-hors. Son espèce doit fe multiplier beaucoup , puis-que sa ponte dans les années favorables fe montek i 8 co, ou k 2000 œufs, qui donnent autant d’a-nimaux semblables a celui d’où ils font sortis.

Le fameux Mr. de Reaumur, de l’Académie Roya-le des Sciences, qui a traité du Kermès dans sonHijîoire des InseBes , Tome q. d’après les Mémoiresqui ont paru dans le public > mais principalement d’a-près celui de Mrs. Garidel & Emeric , duquel il faitplus de cas, a rangé ce genre de petit animal dansla classe de ceux qu’il nomme Gallinfecles. II l’afait a cause de l’anaiogie de ses opérations dans lapropagation de son espèce, & de la forme immobilequ’il reçoit pour cela, & qui dure encore quelquetems après fa mort, de même que dans les autreseípéces de cette classe.

Ce nom leur convient très bien, puisque toutesles espèces qui sont renfermées dans Cette classe,ressemblent si fort, au tems de leur ponte, k de pe-tites galles formées fur des plantes ligneuses ; c’estce qui a soit que d’habiles naturalistes les ont tou-jours prises pour des portions d’écorce ou de bois.Voyez Gallinsecte.

33 Les Gallinfecles sont de petits animaux, remar-que Mr. de Reaumur , n qui paroissent bien étranges ,» en ce que plus leur accroissement avance, & plus33 ils perdent la figure animale en paroissant moins33 animés. Ils passent une partie considérable de leur3) vie, qui est de plusieurs mois de fuite, apliqués33 contre des tiges ou des branches de plantes, d’ar-« brisseaux & d’arbres, sons donner aucun mouve-33 ment sensible. Ils y sont aussi immobiles que.la33 portion de la tige a laquelle ils íont attachés ; ils33 semblent faire corps avec elle. Tout l’extérieur33 de l’infecte ne montre rien qui le fasse soupçon-33 ner celui d’un insecte. Dans le tems même où il33 est devenu en état de fe multiplier, & qu’il est33 occupé k pondre des milliers d’œufs, il ne paroit33 qu’une galle, ou une excroissance semblable a celles» des arbres qui doivent leur origine k des piquûres33 d’insectes, & dans lesquelles des insectes s’élévent,33 & ils ont souvent paru tels aux yeux les plus ac-33 coutumés k observer. Ainsi des insectes , qui reso«Temblent si fort k des galles, nejpouvoient porter33 un nom plus convenable que celui de Gallinfetles.

II y en a de plusieurs grandeurs & de plusieurs fi-gures. La Gallinfeffe de l’Ilex , qui est nôtre Kermès,est de la figure d’une boule,qui ne passe pas en gros-seur celle d’un grain de Genévre. Comme il ressem-ble a une graine rouge , & qu’il sert a la teinture ,c’est ce qui lui a fait donner le nom de Graine d’E-carlate. ^

Cette graine ne conte que la peine de la recueillir,comme il est aisé de le comprendre par ce qui en aété dit ; la récolté s’en fait ordinairement vers la fi n

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