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Tome 2.
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ipi E C A R

du mois de Mat, en Provence & en Languedoc. Cesdeux provinces en fournissent abondamment, Sc elleest estimée beaucoup meilleure que celle d’Efpagnequi est toujours plus maigre, plus sèche, & plusnoirâtre. On remarque que les arbrisseaux les plusvieux, qui paroissent les moins vigoureux, & quifont les moins élevés, en font toujours les plus char-gés. Celle qui vient fur les arbrisseaux qui font voi-sins de la mer, est plus grosse & d’une couleur pluséclatante que celle qui vient aux autres endroits.

Après les circonstances que présente cette histoi-re de la métamorphose de cet Insecte, il ne sautplus s’étonner des difficultés que plusieurs curieuxont rencontrées pour découvrir la vraie origine decette production.

La récolté du Kermès fe fait par des troupes defemmes Sc de pauvres gens, qui laissent croître leursongles exprès pour cela, dont elles enlèvent cettegraine avec beaucoup d’adresse. II y a des femmes quien ramassent jufqu’a deux livres par jour ; leur ha-bileté consiste a avoir épié par avance les endroitsoù il yen a beaucoup, & fur-tout de le cueillir debon matin avec la rosée, parce qu'alors les feuillesde cet arbuste font plus flexibles & moins piquantes,que quand la chaleur du Soleil les a rendues plus roi-des ou plus desséchées. Lorsque Tannée est abondan-te , leur récolté va jufqu’a 7 ou 8000 livres. Ellene fe rencontre bonne, qu’après un hiver doux, &un Printems exernt de brouillards & de gelée blan-che. Ces dernières injures du tems en font tomberbeaucoup à terre avant leur maturité, ce qui est toutautant de perdu.

11 arrive assez souvent qu’ií se sait dans une mê-me année, une seconde production de cette grainede Kermès, & immédiatement après la premièremais la graine est un peu différente par raport k faqualité ; car celle qui provient de la dernière crue,est plus petite Sc donne une couleur moins vive.Celle de la première production est presque toujoursattachée k f écorce du tronc, des branches, & prin-cipalement aux endroits où les feuilles de cet arbris-seau prennent leur naissance ; dans ta seconde pro-duction , elle se trouve très rarement fur ces mêmesparties de la plante,mais presque toujours appliquéefur les feuilles. Cela vient dè ce que ce petit insec-te qui se transforme en coque, choisit félon ia sai-son , sendroit où la fève se conserve le plus & estplus abondante, ou plus facile a être sucée pour s’ennourrir au tems qui lui reste k vivre ; car l’écorce estplus sèche & plus dure que les feuilles dans ia secon-de saison, que dans la première.

La couleur du Kermès n’est pas aussi rouge fur laplante d’où on le tire, qu’on le volt chez les Mar-chands Droguistes qui le vendent. On lui a faitprendre fa belle couleur en l’arrosant de vinaigre, &en f exposant ensuite au soleil, afin de faire périr tousles petits animaux éclos ou en état d’éclore, autre-ment il y auroit par la fuite une grande diminutiondans le poids de cette marchandise. La couleur na-turelle du Kermès aproche assez de celle des pru-nelles de buisson j le vinaigre haltère &’ la rend rou-geâtre : dela il est arrivé que ceux qui ont détermi-né la couleur du Kermès fur celle qu’il a dans lesboutiques, ne lui ont pas donné celle qui lui est na-turelle. h

Le prix auquel on le vend, varie comme celuide toutes les marchandises, ou même davantage.Depuis que la récolté est commencée jusqu’k cequ’elle finisse, le prix en hausse tous les jours. Ainsila livre qui ne vaut dans le commencement que 8ou 9 fols, en vaut a la fin jufqu’à 60, parce qn’k lafin le Kermès est très leger, par la raison qu’il y amoins dsoeuís, Sc des petits mêlés avec le reste. Lalivre a valu jufqu’a six francs, dans le tems que larécolté n'a pas été abondante & que le débit a étébon du coté de Venise Sc de Tunis.

L A T E. 192

Les pigeons aiment le Kermès, quoiqu’il soit poureux une nourriture mal-saine. Dans la saison quecette graine est en état, ils en nourrissent leurs pe-tits , dont il meurt beaucoup, mais les vieux eusont quittes pour un cours de ventre qui teint derouge les murailles du colombier qui est a portée desendroits où croît le Kermès.

On comprend aisément par ee qui a été dit, quela graine d’Ecarlate n’est bonne que lorsqu’eiie estnouvelle, c’est-a-dire de Tannée ; autrement les pe-tits insectes qui éclosent, k moins qu’on ne Tarrofede vinaigre pour les faire périr , mangent son Pa-stel , qui n’est autre chose que la poudre, ou cou-leur rouge, qui fe rencontre dans la graine, Scqu’on nomme aussi Pouffet ; ce qui en diminue labonté. Souvent on ne se sert de cette graine pourla teinture, qu’après que les Apoticaíres en onttiré la pulpe, pour en composer ie sirop, qu’onappelle Sirop d Aikerme s , du nom Arabe de la graine.

* II se fait quantité de ce sirop a Nîmes & k Mont-pelier, d’où on i’envoye k Paris, dans les autresVilles du Royaume, Sc par toute l’Europe, dansde petits barils de bois blanc. Le grand débit s’enfait k la foire de Beaucaire. Ce fyrop fait propre-ment la base de la fameuse Confection d’Alkermes,qui est une composition où il entre plusieurs au-tres drogues cordiales & aromatiques qui accom-pagnent ce sirop, laquelle on peut voir dans lesPharmacopées , ce qui lui eu donne le nom. 11 en-tre aussi dans celle de la Confection d’Hiacinthe enqualité de cordial. Mr. Geoffroy s’est trompé, en di-sant que la cochenille entre dans la Confection d’Al-kermes. 11 eíl vrai qu’elle a beaucoup de raport auKermès, puisque c’est aussi un infecte , qui vient fur1 ‘‘Opuntia , en François Raquette qu’il donneencore mieux une belle couleur d’Ecarlate ; anaisjusques ici on n’en a pas fait cet usage. Voyez, sequ il en dit dans son traité de la matière médicinale,’fom. q. sur la fin. Voyez, attffi Cochenille dans sonarticle.

C’est la graine d’Ecarlate, Sc non pas la coche-nille, qu’on croit si souveraine pour la chute des fem-mes enceintes j quoique pour T ordinaire on les con-fonde , k cause de la teinture de i’Ecarlate , où ellesentrent l’une & Tautre. {

-j- Les Arabes ont été les premiers qui ont attribuék cette graine ou coque, une vertu cordiale. Mesué ,un de leurs plus habiles Médecins, l’estimoit trèspropre pour dissiper la mélancolie. Ses vertus ontété inconnues k Dioscoride. Pline Sc Galien n’ontreconnu dans le Kermès qu’une vertu astringente ;mais les Modernes ont amplifié ses vertus en luidonnant celle de réparer les forces abatues , & celled’empêcher Tavortement j c’est la qualité ordinairedes altringens.

On peut ajouter ici ce que le savant Mr. deReaumur dit touchant les propriétés du Kermès.» Ii y a lieu de penser que l’arbre qui fournit de» la nourriture k l’insecte, entre pour quelque chose» dans les vertus du petit animal, mais au moins yx a-t-il apparence que la fève des grands chênesS) donneroit aux insectes qui en vivent, des proprie-x tés médicinales semblables k celles que la fève desai petits chênes donne au Kermès. Sur le petit chê-x ne on trouve des gallinfectes rougeâtres qui nex font pas propres k la teinture, & qu’on regardex comme aussi bonnes pour la confection d’Aiker-x mès que celles qui sont d’une couleur foncée. Onx trouve aussi fur de grands chênes des gallinfectesx rouges, qui ne sont pas sensiblement différentesx de celles de même couleur du petit chêne , c’est-» a-dire de ì'Ilex.

■f- Le nom d’Ecarlate que porte nôtre insecte, apassé a celui de l’étoffe qui en a reçû la couleur, Scmême a l’étoffe qui a reçû celle de la cochenille.

La graine d Ecarlate paye en France les droits dl en-trée ,