sv Lettres
son coeur, & d’empêcher que la douleur nes’en saisisse, & ne s’en empare. Son bonheurfait paraître combien il est chéri du Ciel, &son malheur combien il mérite de l’étre. 11n’est jamais plus grand ni plus réformé que lorsque í’aiïliction tâche de l’abbatre ; & quelque,fois, tout vaincu qu’il est, il triomphe de sesvainqueurs, ou plutôt de la Fortune, mêmequi a eu l’injustice de favoriser la mauvaise eau-se. Charles-Quínt voit périr fa Flote dans lePort d’Alger, & ne fait autre chose que de le.ver les mains & les yeux au Ciel, & de répé-ter plusieurs fois ces saintes paroles : Seigneur ,ta volonté soit faite. Philippe son fils apprendque cette formidable Armée Navale, qui luipromettoit la conquête infaillible de l’Angle-terre, a été entièrement dissipée par une hor-rible tourmente ; & il se contente de dire, Jef te Pavois pas envoyée combattre les vents. No-tre François Premier, défait & pris devant Pa-vie, ne laisse pas échaper la moindre plain-te ; & dans les premiers mouvemens de fa tris-teífe écrit à la Reine fa Mère, Tout ejiperdu:mais consolez - vous , nous avons sauvé notrehonneur.
Qu’il y a de grandeur d’ame dans ce seulmot bien entendu , & qu’il paraît visiblementque lors que le Magnanime est satisfait de foi-même, il compte tout le reste pour peu dechose ! ht certes, il arrive quelquefois qu’ilsemble que le Ciel & la Terre ayent conspi-ré contre lui, & qu’il n’ait pour foi que saseule conscience; & néanmoins il ne laissepas de demeurer le plus fort. L’exemple deFabius est incomparable, & c’est un originalque tous les Siècles qui Pont suivi n’ont pù co-pier qu’i m parfaitement. Sa conduite étoit gé-néralement décriée, & celle de son Lieute-nant