86 'Lettres
& je pense qu’ils en jugent bien. Car il estimpossible d’avoir cette honnêteté fans la con-noitre, ni la connoitre fans l’airaer éperduë-ment; & c’est ce qui Fait qu’on est heureuxde la posséder : mais pour le commun deshommes, la félicité de l’un feroit la miferede l'autre : & je plains beaucoup de gens quis’imaginent être heureux , & je sens qu’à montour, je leur fais pitié. Pour vous , Mada-me, comme je fai que vous n’estimez rientant que le cœur & l’efprit, je vous con-seille de vous attacher particulièrement à vous jépurer dans l’un & dans l’autre. Vous y |
avez déja tant de grâce naturelle, que pour i
vous conduire toujours de bon air, il sembleque vous n’ayez besoin, que de suivre leursmouvemens & les laisser faire. CependantVous y ferez toujours du progrès, & voussentirez dans cette occupation une joie bienpure de vous rendre une des plus aimablespersonnes du monde.
A MONSIEUR * *.
Le Chevalier de Mère ne conseille l’èclatqu'ciux Grands.
T 7"Ous me témoignez. Monsieur, que vousn’étudiez plus qu’à bien vivre, & qu’àvous rendre honnête homme. On l’est dé-ja quand on le veut être si constamment ;mais vous n’en jugez pas ainsi , & vous êtesIjlus difficile à vous satisfaire. C’est aussi uneétude infinie , & où l’on fait fans cesse duprogrès. Vous me consultez pour cela com-me si je pouvois vous donner de bons avis.Je le souhaite, & je ne vous déguise pas la
moin-