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Tome second.
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de Conseil. 95

encore laissé de fort beaux restes ) que c’estquereller un absent que de faire des reprochesà un yvrogne: & vous considérâtes qu’il n’yavoit de pire yvresse que celle de la colère,ni de plus grande absence d’esprit que cellequ’elle causoit. Et véritablement un hommeen cet état qui a mis le feu dans fa propremaison , tout étant plein de fumée au dedansde lui, tout y étant plein de bruit & de tu-multe , n’est point capable de remarquer defoi-même la raison, ni de l’entendre de labouche de ses amis, & ainlì ce feroit à con-tretems que l’on entreprendroit de le ramenerà son devoir. D’ailleurs, il feroit encore plusmal à propos de repousser ses injures par d’au-tres injures, & ce feroit proprement imiterces Sauvages du Nouveau Monde, qui pensentêtre obligez par honneur de remordre les bê-tes qui les ont mordus, jufqu’aux plus sales& aux plus petites. Au lieu de cela , Mon-sieur, pendant que votre furieux s’emportoitfi loin hors de lui, vous jugeâtes plus rai-sonnable de rentrer au dedans de vous , &de voir fi tout y étoit en ordre, si tout y étoiten fa place & en son rang, & vous eutes leplaisir de jouir d’une parfaite sérénité, & d’u-ne lumière toute pure & fans nuage, quevous découvrîtes dans la suprême région devotre esprit : & ensuite vous regardâtes d’unevue tranquille & rassise dans la personne dece brutal, l’horrible difformité de sa passion,afin de tirer d’un si vilain spectacle , le mêmeprofit que tiroient les jeunes Gentilshommesde Sparte de la vue de leurs Ilotes, noyez &ensevelis dans le vin. Avouez, Monsieur, quevous n’aviez peut-être goûté de toute votrevie une plus sensible joie, que lors que duhaut de votre esprit vous apperqutes votre

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