Ses\ Fonctions. Liy. II. 149
droit faire une trop grande digression, pour parler d’une matière si ample.J’en diray pourtant un m o r. On en a fait des traîtres entiers, & un PrinceSouverain,pour faire voir que fa nombreuse bibliothèque ne luy avoir pasestéinutile, en fait un ailes gros volume. Mais il luy est arrivé ce qui est as-fés ordinaire à ceux qui font de cette forte délivrés, où au lieu d’épuiíer lamaterie, on passe fort legeretnent par dessus ce qu’il y a de plus essentiel ausujet qu’on entreprend de traitter, &en ne-parlant que de ce qu’il y a de pluscommun, on ne repete&ne copie que ce que les autres ont efcrit,& ce quepresquetoutle mondefçait. On peut dire que le chiffre, c’est ainsi quel’on appelle la maniéré sécrété d’eserire, parce quele plus souvent on se sertdeces caractères de l’arithmctique moderne qui ont esté apportés des In-des, est une efpece de magie. 7 rtthemius, Abbé de Spanheim , l’a voulu
aeduire en cabale, & cependant il n'ya rien de si facile que de défaire cecharme apparent par le moyen de la clef. II y a mesmes des gens, qui dé-chiffrent fuis peine toutes fortes de caractères, quelque difficiles, obscurs.011 bjzarrcsqu’ilsfoyent, & en trouvent si facilement la clef, qu’il semblequ’ils la portent fur eux. Rofftgnol, qui a fer vy le Cardinal de Richelieu encette fonction, & qui y a fait fa fortune, y estoit si adroit & si heureux, qu’il-déchiffroit fans peine toures les lettres qu on luy présentoir; non seulement-celles qui estoicat effrites dans une langue qu’il entphdoit; mais aussi cel-lesquiestoient effrites en des langues tout a fait estrangeres, & dont iln’avoitpas la moindre connoissance. II n’est pas fort difficile dlnventerun million de nouveaux chiffres, mais il est presque impossible d’cn trouverun, qui ne puisse pas estre déchiffré par ceux qui y ont un peu de genie &beaucoup d’habitude. Pendant les désordres & les guerres civiles de laLigue,les Espagnols se fervoient d'nnchiffre, qui estoit composé de plus de.cinq cens caractères; de forte qu’ii n’y avoir personne qui pust déchiffrerleurs lettres. On s’avifaenfin d'envoyercelles qu’on interceptent àFran -f ois Kiette , célébré Mathématicien de ce temps là. 11 ne s’estoit jamais ap-pliqué à cette forte d’estude, & n’avoit jamais oui parler du chiffré, dontonfe fervoit dans les lettres, & neantmoins aprés y avoir refilé quelquetemps, il en trouva la clef, & les déchiffra facilement. Les Espagnols nefleurent qu'aubout dc deux ans,que leur secret estoit découvert, & lorsqu’ils rapprirent par des lettres interceptées, ils en furent tellement eston-nés, qu’ils difoient, que le Roy Henry IV. s’estoit aidé de la Magie, pourtrouver la clef de leur chiffre. Ceux qui s’y entendent,gavent en quoyconsiste le secret. Le Jargon, dont on se fervoit autrefois plus que l’on ne
fait présentement, estoit a mon advis bien inutile; soit qu’on lem.eslastavec le chiffre ou non. Dés qu’on tient le fil d’une affaire, & qu’on connoit
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