46 Quatrième Lettre.
îiombrc ; que personne ne sait s’il est dîgn?d’amouroude haine; & que les plus Saintsdoivent toujours demeurer dans la crainte ôcdans le tremblement, quoiqu’tls ne se sententcoupables en aucune chose , comme S. Paul ledit lui-même }
Concevez donc, mon Pere, que les exenv»pies, & des justes &. des pécheurs, renversentégalement cette nécessité que vous supposezpour pécher , de connoître le mal & d’aimer lavertu contraire , puisque la passion que les im-pies ont pour les vices, témoigne assez qu'ilsn’ont aucun désir pour la vertu: & que l’amourque les justes ont pour la vertu , témoigne hau-tementqu’ils n’ont pas toujours la connoissancedes péchés qu’ils commettent chaque jour,selon l’Ecriture.
Et il est si vrai que les justes pèchent encette forte > qu’il est rare que les grands Saintspèchent autrement. Car comment pourroit-onconcevoir quecesamcssipures ,quifuyent avectant de soin&d’ardeur, lesmoindrescholesquípeuvent déplaire à Dieu, auísi-tôt qu’elles s’enapperç-oivent, & qui pèchent néanmoins plu*sieurs fois chaque jour , eussent, à chaque fois,avant que de tomber, la connoijsance de leurinfirmité en cette occasion , celle du Médecin ,le defir de leur santé * 6* celui de prier Dieu deles secourir , & que malgré toutes ces inspira-tions, ces âmes si zélées ne laifsajsent pas depasser outre » & de commettre le péché !
Concluez donc , mon Pere , que ni les pé-cheurs , ni même les plus justes , n’ont pas tou-jours ces connoissances , ces désirs, & toutesces inspirations toutes les fois qu’ils pèchent;c’est-à-dire , pour user de vos termes , qu’ilsn’ont pas toujours la grâce achtellechns toutesles occasions où ils pèchent. Et ne dites plus,avec vos nouyeauxAuteurs,qu’il estinfipossible