Cinquième Lettre. Ç3
Et quoi, lui rcpondis-je ! Quel peut doncêtre le dessein du Corps entier? (/est, fansdoute » qu’ils n’en ont aucun d’arrêté » & quechacun a la liberté de dire à Paventurece qu’ilpense. Cela ne peut pas être , me répondit-il ;«n st grand Corps ne fubsisteroit pas dans uneconduite téméraire , & fans uneeme qui le gou-verne & qui réglé tous ses mouvements ; outrequ’ils ont un ordre particulier , de ne rien im-primer fans l’aveu de leurs Supérieurs. Maisquoi, îutdis-je ! comment les mêmes Supérieurspeuvent-ils consentira des maximes íì diffé-rentes? C’est ce qu’il faut vous apprendre , merepliqua-t-il,
Sachez donc que leur objet n'est pas de cor-rompre les mœurs ; ce n’est pas leur destèìn :mais ils n’ontpas aussi, pour unique but, celuide les réformer ; ce seroit une mauvaise politi-que. Voici quelle est leur pensée. Ils ont assezbonne opinion d'eux-mêmes, pour croire qu’ilest utile, & comme nécessûre au bien de la Re-ligion , que leur crédit s’étendc par-tout , 8cqu’ils gouvernent toutes les consciences. Etparce que les maximes Evangéliques & séveresío t propres pour gouverner quelques fortesde personnes, ils s’en servent dans ces occa-sions , où elles leur font favorables. Mais com-me ces mêmes maximes ne s’accordent pas aildessein de la plupart des gens , ils les laissent àl’égard de ceux-là , afin d’avoir de quoi satis-faire tout le monde.
C’est pour cette raison qu’ayant affaire à despersonnes de toutes sortes de conditions, & denations fi différentes, il est nécessaire qu’ilsaientdes Cafuistes assortis à toute cette diversité. Dece principe , vous jugez aisément que s’iis n’a-voient que des Cafuistes relâchés , ils ruïne-roient leur principal dessein , qui est d’embrassertçut le inonde , puisque ceux qui sont vérité