20
V O Y A G E S
qui commandoit leur Flotte emporta à lavérité la Forteresse, après s’être rendu maî-tre de la ville & de tout le plat-pays: maisla maladie l’emporta auíTì, & avec lui preFque tous les chefs de ses troupes & de faFlotte, & un si grand nombre de soldats &de matelots , qu’il en restoic à peine pourmettre les sentinelles , & pour pouvoirfournir des matelots pour deux navires , cequi les auroit obligé à abandonner ou àbrûler les autres. Dans cette extrémité ilsdépêchèrent une barque longue au Brésil,pour demander au Comte Maurice deNaslau , qui y étoit alors , les secoursnécessaires, pour sortir de ce mauvais en-droit.
La plupart moururent d’une fièvre ar-dente & putride, accompagnée d’un malde tête si violent qu’ils devenoient fols oucomme enragés : d’autres étoient tourmen-tés de douleurs d’entrailles si excessives ,que les plus forts pouvoient à peine lessupporter j uiqu’au quatrième jour.
On attribuoic ces maladies au commercequ’ils avoient eu avec les Negresses > à ceque ne pouvant supporter la chaleur ex-cessive du climat ils s'étoient baignez dansdes ruisseaux dont l’eau est toujours fortfroide ; au sucre brut dont ils avoient man-gé sans discrétion , & au lait des noix decocos, qui par leur froid extrême fait desimpressions très-dangereuses furies nerfs &fur les intestins. On pourroit ajoûcer qu’-ayant brûlé par imprudence la plupart des
maisons,,