D’ A B I S S T N I E. ït
de nôtre équipage moururent, ou de maladies, ou de leurs blessu-res ; plusieurs aussi recouvrèrent la santé. Le Viceroy choisit qua-tre pataches ôc une galliotte qu’il fit armer ; il monta la galliotte,ôc y mit vingt-huit bons rameurs, afin de s’en servir dans l'occa-sion. Nous sortîmes de la barre de Mozambique le soir du 8. Sep-tembre, Fête de la Nativité de la Vierge. Comme nous partîmesaprès le soleil couché, nous donnâmes dans des courans qui em-porterentnos pataches, les unes d’un côté, les autres de l’autre ;de forte que le matin nôtre galliotte se trouva seule. Une des pa-taches alla jusqu’à l’Islede Ceylan, sans pouvoir se reconnoître ;elle y porta la nouvelle que nous étions péris : les trois autres re-gagnèrent le port de Mozambique, résolues d’y attendre un plusbeau tems & un meilleur vent, ce qui arriva bien-tôt après.
Ainsi nous nous remîmes à la mer, dans l’esperance d’aller ga-gner Cochim. Les commencemens de nôtre voyage furent heu-reux, nous eûmes seulement quelques calmes qui nous causerentdu dégoût, ôc particulièrement lorsque nous paíïames la ligne ;à cela près, nous continuâmes nôtre voyage fans aucun accident.La sentinelle qui étoit au haut du mast d’un de nos petits Bâtí-mens, cria vers les neuf heures du matin qu’elle voyoit terre ;ce qui nous réjouit extrêmement, croyant tous que c’étoit la côtedes Indes. Nous fûmes dans cette erreur jusqu à ce que nous noustrouvâmes en vûë d’un bois fort agréable, qui couvroit unemontagne assez élevée. Alors nous connûmes que nous étions àune des Iíles deMamalle,& comme nous cherchions un lieuoù nous pussions anchrer , nous allâmes nous mettre entre deuxbarres qui tiennent à l’Iíle, ôc s avancent bien avant dans la mer.II y avoit entre deux bancs une ance très-belle ; mais il étoit àcraindre, que si nous nous y enfoncions davantage, nous ne pus-sions pas en sortir quand nous voudrions. II étoit déja trois heu-res après midi ; nous n’avions que deux brasses d’eau , & il étoitpresque impossible qu’en voulant sortir nous n’allassions échouerfur l’un de ces deux bancs. Nôtre crainte redoubloit, parce quefur le soir nous aperçûmes un arc-en-ciel que formoit le Soleilen se couchant, il y avoit un grand cercle au tour de la Lune,la mer faisoit déja beaucoup d’écume, tous signes d’une tempêteprochaine. Aussi nos Matelots commenceront à crier que nousgagnassions la terre, mais nous avions doublé la pointe d’un deces bancs de fable, ôc nous ne pouvions trouver aucun abri qu’à
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