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Voyage Historique D'Abissinie / Du R. P. Jerome Lobo ... ; ... Traduit du Portugais, continué & augmenté de plusieurs Dissertations, Lettres & Mémoires. Par M. Le Grand ...
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D' A B I S f I N I E. 33

lon appelle les deux Sœurs, parce quelles font près Tune deiautre, Sc dune même grandeur. Dès que nous les eûmes passés,nous vîmes le Cap de Gardafui, autrefois si fameux & si connufous le nom de Cap des Aromates, ou parce quil y en croissoitbeaucoup, ou parce quil étoit proche de lArabie heureuse ouil y en a encore tant aujourdhui, ou parce que tous les naviresdes Indes qui entroientdans la Mer rouge , & qui font ordinai-rement chargés de beaucoup de drogues & de parfums , vont lereconnoítre. Ce Cap eíl la partie la plus Orientale de lAssrique,& avant que dy arriver,environ dix lieues auSud-Ouest, ontrouve le Cap de, qui est plus petit & moins considérable.LOcean commence à fe beaucoup resserrer entre le Cap deGardafui & celui de Fartaqui, qui en est à quarante lieues furles Côtes de lArabie. Cest proprement à ces deux Caps ouPromontoires, que commence le Golphe Arabique,qui sétendjufquà Babelmandel par leípace de cent cinquante lieues. Uperd son nom à Babelmandel, & prend celui de Mer rouge oude mer de la Meque; je décrirai dans la fuite cette mer plus par-ticulièrement, Lc je marquerai fa longueur & fa largeur.

Nous trouvâmes la mer fort gro(le près du Cap deGardafui,quoiquil fit peu-de vent. Je ne lçai si cela venoit ou de ce quil y avoiteu une tempête auparavant, ou de ce que la mer étant plus res-serrée, & d ailleurs entrant & sortant dans le Détroit de Babel-mandel , elle y est ordinairement plus agitée ; mais nôtre na-vire fut beaucoup tourmenté pendant deux nuits, & je ne pensepas que nous eussions plus souffert, si nous avions eu une grossetempête. Nous continuâmes nôtre route vers les portes de laMer rouge, fans rencontrer autre chose 'quune Gelve ; dès q uel-le nous aperçût, elle fit force de rames & de voiles , nous luidonnâmes la chasse. CesGelves font des efpeces de nacelles ongondoles faires de planches fort minces & cousues avec du fu-nil i elles nont pour toutes voiles quune efpece de nate. Nouscroyions que celle-ci fortoit du Port de Zeila, & que ceux qui laconduisoient pourroient nous dire, sil y avoit des vaisseauxArabes à Feutrée du Détroit, ce qui nous obligeoit à la chasser ;mais comme les Mores ont une peur incroyable des Francs, &que cette Gelve étoit près de terre, elle s échciia Tous ceux quictoient dedans gagnèrent la montagne. On leur rira un coup demousquet, ce qui les fit courre encore plus fort. Nous prîmes

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