2io RELATION HISTORIQUE
& telle que le Pere Kircher, autre Jésuite célébré, nous l’a con-servée.
Le 21. d’Avril de l’an 1618. je me trouvai avec l’Empereurd’Ethiopie, qui étoit à la tête de son armée dans le Royaume deGoyam. II étoit campé dans le territoire de Sacala , pais desAgaus, aisés près dune petite montagne qui ne paroit pas forthaute,à cause que toutes celles qui l’environnent le font beaucoupplus. J’allai& parcourus des yeux aisés attentivement tout ce quiétoit autour de moisie découvris deux fontaines rondes, dont Punepouvoit avoir quatre palmes de diamètre, je ne puis exprimerquelle fut ma joye en considérant ce que Cyrus, ce que Cambise,ce qu’Alexandre, ce que Jules César avoient désiré si ardemment& si inutilement de sçavoir. Je n’apperçûs aucune autre fontainevers le haut de la montagne. La seconde fontaine est à POuest dela premiere, & n en est éloignée que d’un jet de pierre. Les ha-bitans disent que cette montagne est pleine d’eaux ; on n’a pas depeine à le croire, tout le terrein autour de ces sources tremble,& on ne peut marcher qu’on n’en faste sortir des bouillons d’eau.Ces fontaines ne regorgent jamais, parce que Peau ayant unegrande pente, elle fort avec impétuosité au pied de la montagne.Les païsans du voisinage m’asturerent que comme l’année avoit étéextrêmement sèche, la montagne avoit tremblé, & quelquefoiselle tremble si fort, qu’on n’y peut aller fans danger. L’Empereurqui étoit là présent avec toute son armée, me confirma la mêmechose. Au-deísous du sommet de cette montagne, & environ àune lieuë de cette fontaine, est le Village de Guix qui paroit siproche , qu’on croit qu’il n’est pas éloigné d’une petite portée decanon. On a assés de peine à monter cette montagne, si ce n’estdu côté du Nord. A une lieuë de cette montagne , fort un au-tre ruisseau qui va se perdre aulsi-tôt dans le Nil ; on croit qu’ilnaît de la même source, & que son canal demeure caché sous ter-re lorsque le Nil paroit ; il coule vers l’Est, puis tourne au Sep-tentrion ; & un quart de lieuë après fort encore un autre ruisseaud’entre les rochers, qui se trouve grossi par deux autres qui nais-sent au Levant, & le Nil augmenté de tant de ruisseaux devientbien tôt une riviere considérable ; mais après avoir coulé l’espaced’un jour,il reçoit le Gemma qui n’est pas moins grand que le Nil,& aussi tôt il prend son cours vers POuest; puis retournant à PEst,il entre dans un Lac & le traverse avec rapidité sans mêler ses