22 Traité des Preuves j
Ja bataille de Philippe, & qui lui prédît íàdéfaite, est encore un de ces prodiges dontles Anciens ne doutoient pas, quoiqu'ils |n’euílènt aucune réalité. Ce n’étoit qu’unrêve que Brutus avoit fait pendant la nuit,quoiqu’il fût éveillé; car il n'est nullementrécesiàire qu’un honime soit endormi pouravoir des rêves, qui lui font croire qu’ilvoit des objets & qu’il entend des sons quine subsistent que dans son imagination : cequi a fáit dire à un bel esprit, dont les Poé-sies n’ont jamais été imprimées :
Couché dans les bras du sommeil
Le plus grand homme est un petit génie ;
II rit, il pleure, il s’épouvante, il crie;
Et tel est sage à son réveil,
Qui la nuit est en proie à plus d’une manie ;
Heureux encor celui dont la folie
Finit au retour du Soleil !
Brutus étoit alors du nombre de ceuxdont la folie ne finit pas avec leur sommeil ;il se voyoit sur le point de combattre con-tre Marc-Antoine, qui entendoit mieux laguerre que lui. II avoit sans doute l’irna-gination vivement frappée d’une entreprisequi ne p.ouvoit manquer d’entraîner sa ruine& celle de son parti, si elle étoit malheu-reuse. A la vue du péril qui le menaçoit,