66 Traité des Preuves„ laissé aller. Tout le monde arriva là-des-„ sus; le Duc s’évada; & il fut résolu d’as-„ soupir la chose autant que l'on pourroit.
Quand môme ce fait seroit exactementvrai dans toutes ses circonstances, y voit-on la moindre preuve que la Reine fût ca-pable de répondre à la passion de ce Sei-gneur Anglois? II semble plutôt que l’onpourroit s’en servir pour prouver le con-traire. On en peut conclure, à la vérité,queBouquinkam fut extrêmement passion-né pour Anne d’Autriche, & qu’il sut afiêzhardi pour le lui faire connoître : mais s’en-suit-il de ìà qu’elle ait eu pour lui les mê-mes sentiments, niqu’elle eût conservé desliaisons intimes avec lui, depuis le retourde ce Duc en Angleterre? ce qui seroitabsolument nécesiàire pour prouver qu’ilfit échouer, pour lui plaire, l’expéditionde l’Isle de Ré ; encore faudroit-il pouvoirse persuader, qu’elle avoit avoué cette liai-son & cette correspondance sécrété au Car-dinal de Richelieu, qu’elle haïfibit à mort,& qu’elle a toujours craint & détesté de-puis l’affaire de C halais, jusqu’à la fin deses jours.
Mais on veut mettre de l’amour & dela galanterie par-tout; & si l’on se plaintquelquefois, avec raison, que l’on en a tropmis dans nos Tragédies, où l’on n’exige que