362 Traité des Preuvesn’a point encore vu, & que l’on ne verrajamais , íur-tout quand ces préjugés, loind’avoir rien d’odieux , ni de criminel eneux-mêmes, paraissent plutôt fondés fur unprincipe de vertu. Chacun fe fait un de-voir d’aimer fa Nation , fa Patrie , d’êtreattaché à la profession qu’il a embrassée.Vous venez lui dire, qu’en écrivant, il doitse défier d’un attachement si juste & si rai-sonnable , pour n’écouter que fa raison épu-rée de toute efpece d’intérêt ; peut-êtrefera-t-il quelque effort sur lui-même poury réussir, mais bientôt les préjugés revien-nent , & ils savent si bien contrefaire lelangage de la raison, qu’il les prend, sanss’en appercevoir, pour la raison même.
Un Historien n’est pas feulement obligéd’être en garde contre fa propre partialitéqui le séduit, il faut encore qu’il soit per-pétuellement attentif à découvrir celle desautres, pour éviter les erreurs où elle nepourroit manquer de le conduire. Com-ment pourra-t-il connoître la vérité, s’il nefait pas distinguer, dans le récit des Histo-riens qui ont écrit avant lui, une infinitéde faits & de circonstances qu’ils ont alté-rés ou imaginés; les uns, par des préjugésde nation; les autres, par des préjugés desecte; les autres, par des préjugés de pro-fession & d’état ? Comment savoir au vrai