ij8 l’Ambassade de la C. 0\ des Prov. Unies
-v chaque Roy descend de ses sujets en droite ligne, Sc que chaque sujet tire íòn ori-gine des Rois. C’est ainsi que le temps &: la fortune ont brouille les choses humai-nes : cest de là que nous connoiíîons qu’il n est rien de stable au monde, & que lesobjets de nos espérances doivent l'estre auffi de nos craintes.
L’Empereur Ivus n’a pas auffi peu contribué à annoblir la Ville de Fungyang ,pour avoir esté salué Roitelet de la Cité de Mao par l’Empereur Tavus. Ce païs nedonna pas seulement des Monarques à la Chine, mais auffi des Philosophes à ses Aca-Uofuus demies , dont le plus sçavant fut Laofuus (predeceíseur du fameux Cungfutius) quimiofophe. enseigna les dogmes d'Epicure, qui ne conílstoient pas dans une brutalité, & gour-mandise comme Theodoret s’est imaginé, mais dans les contentemens de ! esprit, Scles aises du corps.
Cette grande Ville est bastie fur uné montagne, Sc embrasse plusieurs collinesdans son sein, qui sont toutes couvertes de tres-beaux bastimens. Son territoire estauffi rempli de montagnes, au pied desquelles l'on voit de tres-agreables rivières quifertilisent les campagnes. II croist auffi force talc Sc absinthe dans ces montagnes,que les Chinois nomment absinthe rouge, dont on se sert dans la Pharmacie.stuhtni S u c h e u troiziéme Ville Capitale de cette Province fut ainsi nommée du RoyviUe. Sujus. Elle est arrouíée de trois rivières, sçavoir de celle de Leu , de Sung , Sc áV*fung , Sc des eaux du Lac de Tai , d’oìì ces nvieres se vont jetter dans la mer, Sc nonde merveille si on y void un nombre incroyable de marchands, Sc de marchandisesqui y abordent de tous les endroits du monde. On se peut promener dans ses rues 'par eau Sc par terre comme à Venise. Ses maisons sont soperbernent élevées & ba-lties fur pilotis Sc grands pieus fichés en terre à coups de hie ou de mouton. Sesmurailles ont quarante stades de circuit, mais si on y veut comprendre ses Faux-bourgs, on en trouvera plus de cent. Je ne vous parleray pas dune infinité de pontsquelle enferme, dont un, qui fait la séparation du Lac de TW,a plus de trois cens ar-cades; comme auffi de ses magnifiques Pagodes,ni d’un de ses Bureaux qui rend troismillions de ducats par an à la Couronne ; c est assez si je vous dis pour vous affinerde fa grandeur, qu elle est reconnue pour une des plus marchandes, des plus opu-lentes , Sc des plus célébrés de toute la haute d ' Afie : d’où vient que les Chinois quiveulent mettre fa gloire au plus haut point, disent en forme de proverbe, Xangy eu Lien Lang , hia y eu su hang , c'est à aire, ce que le Ciel est en haut, c est ce queSucheu , Sc Hangcheu sont íur terre. On y fait un breuvage de ris dont on se sert aulieu de vin, qu’on nomme Sangpe c est à dire boisson de trois blancheurs, Les habi*tans assaisonnent toutes leurs viahdes de secre,de sel, Sc de vinaigre, Lc ne se peuvent- 6 óí m™- rassasier que des plus friands morceaux de la terre & de la mer. Ils ont quantité deiTfahabi- Orques, toutes enrichies d’or, Sc diaprées de couleurs extremement riantes, où latJs. pluspart se remplissent sans relâche juíques à la gorge, cherchent la délicatesse par-mi la gourmandise, passent les nuits entre les plats Sc les pots, dorment dedans l’or*dure des viandes, Sc de la boiíson, Sc ne parlent jamais de vivre sobrement, s’ils nesont cautérisés. Bref, tous leurs festins sont une matière de luxe, un miroir de pro-digalité Lc un école de vices. On m’a raconté qu’il y a des marchands si friands Scsi prodigues qu’ils osent dépenser douze mille eícus pour un repas. Gourmandise àla vérité, qui surpasse celle des anciens Monarques. On rapporte d‘ Alexandre qu’ilne pouvoit défrayer se table qu’il 11e luy coûtât mille eseus par jour : que Jules Césardépense cinq mille eseus pour un souper : Que Cleopatre friande comme une garce »acheta deux cens mille eseus la gloire d’eftre plus prodigue que son amy, quand elleavala se perle âpres un souper de trois cens mille livres : Que le Consul A/inius Celeracheta pour son souper un surmulet huit mille écus : Que Vitellius ne se mettoit ja-mais à table que les plats ne fussent garnis pour quatre cens mille écus : Que Commo-àr le plus débauché des Empereurs de Tsome , prodigua pour un banquet un mil-lion d éçus : Qdtielìogabale , qui le surpaísoit en malice, folie, Sc cruauté, consom-moit à chaque louper jusques à cinq mille écus. On dit encore que Mahomet (quiprepare à ses Musulmans la table du Paradis faite d’un seul diamant, longue, Sc lar-ge de sept cens nulle journées, la nappe mise, les sieges dor, les mets délicieux, lesvases dont sortiront les belles pucelles aux yeux gros comme œufs d’autruches, Scaux tetons durs, bref, f accouplement venerique par l'espace de cinquante ans) sotautant porté aux gourmandes delicatelses, qu’insolent Sc ridicule aux rêveries deses impiétés. On blâme auffi Luculle , qui mangeoit fur des lits de pourpre, servi de