VERS L*EMPEREUR DE LA CHINE. IJ9
vaisselles d’or, enrichies de pierres précieuses, Sc íe vantoit que la dépense regléede son Hostel revenoit ordinairement à cinq mille écus pour un repas : Mais je trou-ve les habitans de cette Ville bien plus dignes de blâme que tous ceux-là, veu qu aude là des bornes de leurs conditions,ils ne se contentent pas feulement d’estre escla-ves de leurs ventres, Sc amoureux de la cuisine, de la volupté Sc de la luxure au plushaut point, mais jettent tous les jours (comme un Sylla) grande quantité de viandesdedans le Tm , asm que le Dieu de ce Lac ait à manger comme à boire, Sc qu il aitâpres leur mort la bonté de leur continuer la jouissance des plaisirs sensuels. Pau-vres aveuglés qui considèrent la béatitude Sc la misere dans les termes du corps, fanspouvoir comprendre qu’il y a des promesses Sc des eíperances d’autres biens, qui 'íònt beaucoup plus excellens, Sc qui ne peuvent estre conceus que par la force d’unentendement bien épuré, Sc ennemi de la chair.
Sungkiang quatrième Ville de cette Province ainsi nommée de la Lignée sun^kUng,òìlvena , n est.pas éloignée de la mer, d où vient que les Navires y peuvent aborderde tous costés, Sc spécialement du Japon. Elle est célébré pour ses bastimens, pourle commerce de toiles & draps de coton, Sc pour un fameux Docteur Chinois nom-mé Paul , qui âpres avoir pris connoissance de l’Euangile, l’annonce en nos jours àune infinité de peuples avec une fermeté de Salamandre Sc une constance de dia-mant. Elle est defenduë d’un bon Chasteau, & d une forte garnison, asin d’em-pescher les invasions de l’ennemi, qui pourroit la surprendre du costé de la mer.
Changceu cinquième Ville Capitale de cette Province est fort considérable changeeu ,pour ses cinq Temples, Sc plus grand nombre d’Arcs triomphaux dédiés aux Héros, viUe '&ppur ses petits Vaiíîeaux de terre odoreuso, dont on se sert comme estant fortpropre, Sc de meilleure senteur qu’aucun autre, pour y detremper Sc boire leur po-tion de Cha.
Chinkiang siziéme Ville Capitale est bastie sur les eaux de Kiang , & sur cbinkúngdes Canaux artificiels. On la nomme par fois IÇing^eu , c’est à dire, Bouche de la r ^ e *Cour, parce que tous les Vaisseaux qui veulent aller à Peking^ y ont tous leur rende-vous : doii on peut juger fort aisément de la quantité des denrées qu il s y rencon-tre , Sc de la commodité que l’on y trouve. On void au pied de ses Faux-bourgsfort peuplés, plusieurs coteaux tres divertissans ,& ornés de divers Temples fortmagnifiques, dans l’un desquels est une Tour toute de fer,bastie en pyramide, hautede trente coudées, & embellie depuis le bas jusques au haut de diverses figures. SonAcadémie est fort renommée pour ses Médecins, que l’on tient surpasser les plus ha-biles de toute la Chine.
L u c h e u neuvième Ville Capitale de cette Province est située dans un terroir Lucheu,fort fertil Sc plaisant. C’est dans cette campagne pratiquée fur le conflans des eaux^àde çao r Sc de Pe, que se livra la sanglante bataille entre le petit Roy Tangus , Sc l’Em-pereur , où lajustice plia sous les armes de celuy-là , & fit perdre à celuy-cyson Empire. On fait du tres-ban papier dans cette Ville, Sc on y fait un grand traficde t herbe de Cha. à
N 1 n g qjj e douzième Vnso Capitale est arrousée de la riviere de Von qui yxîngque,passe au Levant, & conduit les Navires jusques dans le fleuve de IQang. Tout son ViUe *territoire est rude Sc raboteux ; dans la Ville méme on y void le mont de Lìngyang ,avec plusieurs côteaux divertissans, riches en boscages, Sc en bastimens. On y faitauíïì force papier de roseaux. Non loin d’icy tirant vers la Cité de Kjng , on void lesuperbe Temple de Hiangsìn, c’est à dire Temple de bonne odeur,lequel est dédié à 3
cinq Vierges, qui âpres avoir esté enlevées par des brigands, aimèrent mieux per-dre la vie que perdre leur honneur, Sc la pudicité : Ces rufiens en ont fait depuis tantd’état qùils ont pleuré le reste de leurs jours l’excés de leurs cruautés. Il faut biendire que la Chasteté est une qualité divine, puis que ses propres ennemis la respe-ctent , Sc que les plus débauchés ont moins de vénération pour celles qui se ren-dent, que pour celles qui résistent. Nous apprenons de Poètes qu zDauphné rési-stante aux poursuites & Apollon fut changée en Laurier, dont luy méme voulut dudepuis porter des couronnes ; au contraire que Jo consentante aux desseins de Jupùter , fht changée en vache. Le Dieu Ps-r ravi des beautés dune Nymphe, em-ploya latviolence âpres les prières ,1a courant jusques fur le bord d une riviere, oùelle s’alloit précipiter pour sauver son honneur en perdant fa vie. Il en eut pitié, Scla changea en roseau, dont luy méme se fit une flûte pour honnorer sa résistance, Sc
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