2o 6 l’Ambassade de la C.O r .des Prov. Unies
esperer de montagnes d'or. Véritablement s’il y a un vice digne de l’execration detout le genre humain, c est celuy qui tend les piégés jusques fur les Autels, &quifous couleur de pieté Lc de zele entraîne les hommes, les villes, & les Provinces,par un brigandage, qui se veut rendre honnorable dans les prétextes de sainteté, Lcde Religion. O Dieu ! que c’est bien un grand malheur de la vie humaine, de voirque les vices vont tenir boutique auprès des vertus, & trompent souvent par leursartifices les marchands qu on estime les plus déniaisés ! 11 est vray ce que disentAriftoteles , Origene , & Albert , ce grand maistre du Docteur Angélique : La se-verité contrefait la justice, la mélancolie dit qu elle s’appelle gravité ; le babil seglisse sous le nom d’affabilité, comme la dissolution sous couleur d’allegresse. Leprodigue dit qu il est honneste homme j l'avare, qu’il est prévoyant; l opiniastre,qu’il est constant ; & le ruse qu’il est prudent. La curiosité emprunte le titre de cir-conspection ; la vaine gloire de générosité ; la présomption d eíperance ; 1 amourcharnel, de charité ; la chlsimulation - de patience ; la pusillanimité, de mansuétude;le zele indiscret, de semeur en matière de Religion ; & le pire de tous est que l’hy-pocnsie prend le masque de sainteté. Encore si avec ces mines, & contenances, el-le trompoit seulement les âmes vulgaires, cela seroit aucunement tolerables ; maisc’est une chose déplorable, que des ruses qui n’ont point d’autre Dieu que leurs in-terests, par de petites complaisances, & de petites affectations de dévotion, eyve-lopentdes ameá, qui mesurant tout à leur innocence donnent tousjours plus d’ap-puy à la crédulité. Un peu de mine bien debitée ravit les hommes en admiration,& leur fait desja quasi planter des Autels à ceux à qui Dieu prepare des gibets. Il y aencore plusieurs oyseaux niais, qui voyans l’oyseleur avec des yeux chassieux, &larmoyans, rouler de grosses patenottes entre ses mains, disent que c’est un sainthomme, & plein de complaísion, mais les mieux avisés répondent, qu’il ne faut
Î »as regarder ses yeux, ny son chappellet, ains le sang & la rapine qui est dansès mains.
Qui eût regardé ìe Pere Adam de ce costé là ? U avoir desja receu dans ses griffestrois cens toels d’argent pour s opposer à nostre entreprise. Ce Pere qui sembloitsuer sang & eau pour nostre defence, qui nous accabloit tous les jours de ses visites,& de ses bienveillances, qui nous témoignoit continuellement par mille protesta-tions la sincérité de ses intentions, Sc 1 extraordinaire joye qu'il avoit de nostre en-treprise', disant qu'il la trouvoit entr’autres fort avantageuse pour le progrès duChristianisme en ce Royaume: ce Pere, dis-je, que nous avions crû & respectécomme tout bon, tout simple, tout franc, & tout saint, monstra bien par ses sécré-tés menées, qu’il aimoit plus le masque que le visage » la ressemblance que l'essen-ce , & l’opinion que la conscience, & qu’il vivoit au monde comme le limaçon, fai-soit de longues tirades d’argent ; & n’eítoit que de la bave, avoit le dos de velours,comme un carreau,& le ventre de foin,faisoit parade de ses feuilles comme un bois,& se trouvoit plein de serpens.
calomnies n fit donc accroire au Grand Conseil par des souplesses inouyes, que les Hollan-étranges du dois n’estoient que des brigands & de gens de corde, ramasses dans une petite con-v.Mam. ; qu’à vray dire ils n’avoient pas d autre demeure que fur la mer, où ils exer-çoient leurs pirateries contre toutes les Puissances de f Univers ; qu’ils estoient re-connus en son pais pour les plus perfides & raffinés de toutes les Nations ; qu’ils mu-guetoient d’avoir f entrée dans cét Empire, non pas pour y trafiquer, mais pour s’enrendre les maistres & le ravager ; que leurs gosiers eítoient plus coulans que l’huile( comme parle le Sage ) mais qu a la fin on y trouveroit des effects plus ameres queì’absinthe, & plus penetrans qu un glaive à deux tranchans ; que la Ville de Makaoviendroit à néant par leur moyen ; bref, que toutes les Villes mémes de l'Empiremaudiroient un jour ceux qui leur auront donné la liberté d’y fréquenter, tant íont-ils traistres, pipeurs, faussaires, larrons, & scélérats. Lecteurs, ne croiriez vous pasque ces rapports sortis d une si sainte bouche, dévoient porter coup, & renversertoutes nos prétentions ? On objetta en outre aux Ambassadeurs que par les motsdaller & de venir en ce Royaume , couchés dans les Lettres de creance, on ne pou-voir pas entendre la liberté du trafic, & que cette liberté se devoir acheter par ar-gent. Les Ambaíïadeurs reconnurent bientôt par cette objection, que les z 520.toels d’argent,qu’ils avoient conté aux Vice-Rois de Canton n’avoient pas esté distri-bués aux Conseillers de ces. Conseils, comme on leur avoit promis.. Se voyans dup-
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