zji i/Ambassade de la C. 0 \des Prov. Unies
ment,vint icy saluer nos Ambassadeurs, & s’informer du succès de leur négociation.
Le 19. il nous fallut prendre terre avec tout nostre bagage, & trani verser lesmontagnes pour arriver à Namhung, Nos Ambassadeurs y furent portés leméme jour dans un Paladin (qu ils avoient fait faire à Nanking) par trente robustessoldats. Ils furent logés dans une grande Hostellefie,qui appartenoit à un des Vice-Rois de Canton , qui luy rapportoit 25. tests d'argent tous les mois.
Je vous ay décrit cette Ville à la page 98. dont j’ay fait encore un crayon à monretour, que je vous exhibe cy devant. Nous en partîmes le 21. de Janvier, ayantremis nostre bagage dans des nouvelles barques, èc navigeâmes vers ces affreusespointes de Saitjeen , & épouventables montagnes de Cinq Têtes de Chevaux, lesquelles nous n avons pas passé fans appréhension, au récit des malheurs que les ma-riniers n éprouvent que trop souvent.
Le 24. nous nous trouvâmes heureusement en la Ville de Saocheu } où nous dressâ-mes nos masts, & tendîmes nos voiles, tous réjouis d’avoir franchi avec tant de bon-heur les détrotis de la riviere, & les écueils, & brisans de tant de rochers.
Nous passâmes le devant le fameux Temple de , Sc le lendemain
nous découvrîmes les merveilleux monts àeSang-won-hab,és environs deíquelsnous rencontrâmes tant de rocs pointus issans de l’eau, & le cours de la riviere si ra-
Í >ide & si impétueux, que les plus constans d entre nous s’en trouvèrent bien ébran-ésttant est-ilvray que les craintes des choses ennemies de nostre nature peuventtomber dans lès cœurs des hommes les plus résolus,nommément quand les hostilitésqui nous attaquent sont subites, & que l’issue en est irréparable.
Nous arrivamës encore le méme jour à Sanyum , où nous repoíames la nuit. Leshabitans nous racontèrent qu’on adoroit à son Fau-bourg Méridional une statued un Héros, qui avoit passé toute fa vieians boire. Ce qui nous surprit d’abord, &nôus le mîmes au rang de leurs fables. Mais à vray dire ayant repassé par ma mé-moire ce quej’avois leu en ma jeunesse, j’ay trouvé que ce rapport pouvoit estre vé-ritable. Apollonius surnommé le Dyfcole rapporte que dans un livre d Aristote (quenous avons perdu) on y liíoit qu’un Grec à Argos avoit vesou non seulement fansboire, mais encore fans avoir soif, bien qu’il mangeât beaucoup de choses seches Scsalées.Lè méme ne fut pas seulement altéré en traversent ces grands Déserts d Afri-que , qui sc trouvent devant que d’arriver au lieu où estoit le Temple de JupiterAmmon , quoi que dans tout lé chemin il ne prit nulle nourriture qui ût la moindrehumidité. L’on a cru encore que ce fameux Ab arts Hyperboréen n avoit jamais estéveu ni boire ni manger. Et quelqu un asseure dans Athenée qu’on observa duranttrente jours d'Esté un Lafyrta Lastonius , qui sens s’abstenir de viandes les plus pro-pres à donner de la soif, ne beuvoit en façon quelconque, & si ne laiísoit pas de pistercomme un autre homme. Je crois qu il seroit plus souhaitable d’estre nai commeces gens là, que d’avoir les inclinations dépravées de ceux, qui mettent leur souve-rain bien à vuider les bouteilles, Lc à faire carrousse.
Zantfui. Nous arrivâmes le méme jour à X a n T s u i,lieu fort plaisant Sc agréable; nous y
vîmes toutes les Campagnes couvertes de tentes, Sc remplies de gens de guerre, quiestoient fur leur marche. Onnousmonstra quelques personnages, qui aprés avoiresté exposés trois fois de fuite aux grestes des mousquets des soldats, en sont retour-nes seins Sc entiers, sens avoir receu la moindre bleíîure, Sc cela par la vertu dequelques billets Chinois, qu’ils portoient fur eux. Je ne sçais qui sc porteroit à croi-re de choses si ridicules ? Au reste, pour vous faire voir que n tout temps, Sc parmitoutes les Nations soft a tasché d’autoriser semblables bagatelles, je vous rapporte-ray ce que j’ay leu dans quelques Relations de Voyage. Marc Polo asseure que huitInsulaires de J^ipangu né peurent jamais estre décapités par les Tartares,qui avoientattaqué cette Iste il y a prés de quatre cens ans, damant qu’ils portoient au brasdroit entre cuir Sc chair une pierre enchantée, de sorte qu’il fallut les aísommerpour les faire mourir. Odoarâo Barbofa dit aussi que ceux de la grande Java fabri-quent des armes Fees , qui rendent ceux qui les portent invulnérables &; invinci-bles , ce qu’ils font avec tant. d’art, qu’ils emploient souvent huit Sc dix ans à para-chever une paire de ces armes, attendant l'heure d une favorable constellation,pour y travailler, ou le moment d une bonne election pour y mettre la dernieremain. U11 Voyage recent de Lybie, porte que les Marabouts de Senega donnentaux Negres de certains billets, qu’ils appellent Grigris , Sc qui contiennent quel-ques