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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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zo DESCRIPTION GENERALE

gie Goëtiqúe'St réprouvée à laquelle la pluspart des Chinois íont addonnés. LeursHistoires neus enleignent que plusieurs d’entre eux conjurent les montagnes dechanger de place, q.u ils envoient les maladies à qui bon leur semble » qu’ils trou-blent lair, qu ils font des orages, & le beau temps, qu’ils confèrent avec leursDieux, & qu ils se font transporter par des Intelligences par tout là où ils désirent.Voila à peu prés les mémes contes que l'on nous fait des Sorciers & des loups-ga-roux de nostre Europe , & de beaucoup de choses semblables, qui ont cours parmile peuple. Je ne veux pas dire que la malice des hommes ne íoit tres grande, &qu il n’y en ait peut-estre une infinité qui seroient Magiciens s ils pouvoient. Mais jenie que Dieu souffre en cela les effets de leur mauvaise volonté, & jc soutiens quefans fa permission, quand le Diable méme voudroit satisfaire à tous leurs désirs , il# # ne peut rien executer de tout ce qu’ils luy fçauroient demander. Quelle apparen-

* ce, qu’autant de foisqu’une vieille voudra marmoter deux ou trois mots du Gri-

moire , Sc mettre un balet entre ses jambes, Satan soit tenu de la transporter par lacheminée où elle voudra ? Que Dieu dont la toute puiííànce n’outre-paíse que ra-rement les loix de la Nature, trouve bon que cét ennemi de fa gloire les viole tousles jours ; & qu’il souffre qu’un Démon fasse pour un misérable Sorcier, le mémemiracle que nous lisons avec admiration dans 1 Histoire des plus Grands Prophètes,lors qu’ils ont esté enlevés par des Anges , & dont Hérodote méme se moque en lapersonne dìAbarù , que la crédulité Payenne faisoit voler par l’air, ayant au lieu ducheval de Pegase , une flèche entre les jambes, de laquelle il fit présent a Pytha-gore , si on s’en rapporte à Jamblycbe >

vmbre de Et pour ce qu’il n y a rien de plus propre à la Magie que la Devination,les Chinoispevîns en ( comme ceux de l'Ille de Caos ) dressent le présagé de toute l’année au lever de lau chine . Canìnile ì vcconnoiS‘cnt par les mouvemens des eaux, par la couleur de la terre,& parle vol & les entrailles des oiseaux la bonté de Pair, les maladies futures, les victoires,les batailles, la paix, & la guerre. Que si quelqu’un touche par hazard le but enses prédictions » comme il le peut faire quelques-fois , il est incontinent honnorécomme une Divinité. Plusieurs d’entr’eux boivent dusuc d’halicacabus , asin (sa-voir la bouche pleine d'eseume, & de paroistre transporté & furieux , croiantparcét enthousiasme d’appuier leurs propheties.Mais quelle apparence y a-t-il que Dieudonne plustôt la connoiffance des choses futures à un insensé , qu’à un homme sa-ge? Comment se peut-on imaginer que Dieu faíse dependre la science de l’avenirdu vol d’un oiseau ? ou qu’il souffre qu’un infâme Magicien sçach-e le futur autant defois qu’il luy plaira de se renfermer dans son cercle, s’il a denié cette grâce aux plusgens de bien, & à ses plus grands serviteurs > Certes il faut estre bien malicieux,ou fans raison, pour donner un tel avantage aux meschans & aux furieux.invention ' Les Annales de la Chine rapportent encore qu’un de leurs Empereurs trouva parde vuniU le moien de la Magie - l’invention de f Artillerie, & de lapoudre à canon ; queUne * quelques-uns font venir de f Alchimie, qui par les subtiles dissolutions reconnoit les

natures, les qualités, le fixe, le volatil, le combustile, le cendreux, l’efprit desmétaux, & les allie, diísoud, fond, refond, & tourne'en mille façons & usages.Ils ont une invention en fait d’Artillerie - d en fondre certaines qui se démontentparpieces, qui sont aisement porteés par des bestes de voiture, ou des porte-faixau lieu que l’on désiré. Aucuns veulent dire comme Mafferus , Mendofy & autres,qu’un Allemand apporta aussil’an 1378. cette horrible invention de h Chine, sûrles récits deíquels je m’appuie fort peu, puis que je les trouve fabuleux en beaucoupd’endroits.

Quant à la Peinture qui est propre à exercer les jugemens en beaucoup de fa-çons , les Chinois nous sont de beaucoup inférieurs, comme n’ayans pas encorecompris ce qu’il faut observer dans les ombrages, ni comment il faut mefler Scadoucir les couleurs : mais ils réussissent fort bien en oiseaux Sc en fleurs, qu’ils re-présentent avec l’aiguille, Sc en tapisserie de soye si naïfvement, qu’on ne sçauroitmieux les imiter ni representer au naturel. La pluspart d’entr’eux cherchent leurgloire dans la promptitude, Sc méprisent ceux qui employént beaucoup de tempsfur une piece. Ces Peintres sont tels que Platon les demandoít, lors qu’il defendoitde mettre aux Temples d’autres figures que celles qu’un homme de cette professionpouvoit achever en un jour ,formœ ab uno pefâore , uno absolutœ die , pour luy faireuser du langage de Cicéron. Pline nomme quelques-uns de ces habiles Ouvriers,

comme