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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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DESCRIPTION GENERALE

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du Tout Puissant, mais je prétends de m’en prendre aux Sophistiqués 8c Hypocrites,qui souffrent par fois moins d incommodités que les plus riches.

Ces garnemens couvrent à grosses bandes 8c compagnies tous les cheminsRoyauxde la Chine , voire méme tous les coins des rues de les Villes, où ils se font voir avectant de postures, de grimaces, 8c d’enthousiasmes, qu on en demeure étonné, voi-re émeu à la compassion. Pour rendre leur condition avec celle de leurs races pluspitoyable, ils contournent' le col, tordent les pieds, les mains, ou violentent quel-ques autres membres à leurs petits enfans, & nouveaux nez, avec lesquels ils com-paroissent en public, & déclament contre le Ciel 8c la terre leurs malheurs > 8c cala-mités. Les ulcérés, les cicatrices, & les balafres chargées d’ordure, de sang, Sc devilainie quils vous monstrent fur leurs plus nobles parties, vous font hérisser les che-veux. Il y en a qui s’entreheurtent comme des béliers ou des taureaux en furie ; quiveulent disputer de la dureté de leurs fronts avec celles des pierres ; qui brûlentleurs membres jusques à la coenne ; qui s’arrachent la barbe 8c les cheveux, ou quel-ques autres parties, pour exciter les passans à la pitié, 8c à leur faire des larges aul-mosnes. Nous vîmes un de ces fripons fur les bords de hiJ{iviereSajfranée 3 cp\ìaprés nous avoir abordé avec une petite nacelle qu on nomme Tfjampam , garnied’un petit malt, se mit à trembler avec tant de sincopes, de pâmoisons, 8c de mou-vernens étranges, qu on ût dit qu il estoit possédé du malin esprit. Et comme il vitque nous tardions trop long-temps à ouvrir nos bourses, il s’en prit à son visage,avec une telle manie, qu il se perça les deux joués d’un poinçon de fer, d où le sangrejaillit à grosse bonde. Ce n'est pas tout, voyant nostre tardivitê, 8c le peu de ten-dresse que nous avions pour le soulager, il prit en main deux hachetes trenchantes(comme cette-figure vous le represente) avec lesquelles il faiíòit semblant de s’osterla vie à chaque moment. Il estoit accompagné d’un pauvre Prestre, qui conjuratous les regardans au nom de ses Dieux décrire leurs noms dans un livre quil tenoiten main, 8c d’avoir en méme temps compassion de son camarade, qui estoit fur lepoinct d’estre son sacrificateur & l'on hostie, pour estre ennuyé de vivre sous le jougde tant de miseres. Les Tartares intimidés de la conjuration de ce Charlatan, nemanquèrent pas de mettre incontinent la main à la bourse, Sc de le charger de plu-sieurs presens:quant à nous autres,qui avions une meilleure íby,nous nous moquâmesde ces singeries, 8c nous ne luy fîmes aucune aulmosne,pour monstrer que nous n’a-vions pas de respect ni de crainte pour leurs Divinités. Voilà comme ces misérablestaschent de tromper tout le monde, 8c se trompent eux-mesmes, puis qu ils se for-gent des tourmens dans le repos, & des supplices fans nécessité : ils ressemblent à ce

petit