de l’Empire de la Chine. 37
petit oiseau de riviere nommé Cyncalm^ ui durant toute sa vie, à ce quon dit, n'a pasiindustrie de bâtir son nid, & va tousjours errant, 8c tuant son corps, si les autres parpitié n y contribuent du leur.
Les Chinois se rendent encore recommendables en plusieurs autres mestiers, dontnous avons aisés traité dans nostre premiere Partie, à laquelle je renvoyé le Lecteur.
C H A P I T R E IV.
T)es mœurs , & coutumes des Chinois .
L es inclinations dissemblables des hommes, & leurs actions 8c occupations con- chaque n*- ,traires, monstrent bien qu’ils jugent tout autrement les uns que les autres des"™*-^,choses du Monde. L’amour de nous mémes est si puissant, que nous ne considérons coùtumlsnos penfées, que comme une partie de nostre estre, íans les examiner d avantage ' s P ar / tcuh( ~comme une folle mere qui ne trouve rien de si beau que son enfant, quelques dé-fauts qu il ait, parce qu il est sien. De là vient cette raillerie, 8c cette animosité ordi-naire contre ceux qui nous contrarient, 8c qu’auíîì-tost que quelques-uns s’écartentde nostre sens, 8c de nos mœurs, nous les croyons extravagans, nouveaux, 8c irre-guliers, comme si la Nature iïavoit pas d’autre étendue que nostre connoiííànce, 8ccomme si nous pouvions estre la réglé de toutes les choses ; dont aucunes passentuniversellement pour bonnes 8c vertueuses dans un lieu, qui font réputées aussi gé-néralement méchantes 8c vicieuses dans un autre. Si nous voulons faire une com-paraison du vieil avec le nouveau Monde, 8c y voir ce que l'on y croit, & y pratique,nous aurons dequoy en former des antithèses.
Les premieres découvertes de X. Amerique nous firent voir une si grande differen-ce de mœurs comparées aux nostres, qu il fembloit qu il y eust là quelque autre hu-manité que la nostre 8c que ce fust une nouvelle Nature. Et les derniers voyagesdes Indes Orientales , nous y ont fait remarquer des façons de faire opposées quasidiamétralement aux nostres.
Les Chinois (qui entre leurs cinq vertus morales rangent la Civilité) tiennent pour coustumsun crime d'oster le chapeau, de baiser les mains, de remuer le pied, 8c d’embrasser ;
quelqu’un en signe d’amitié, 8c cependant ce sont nos cérémonies accoustumées.
Dans leurs salutations aucuns tiennent leurs mains dans les manches de leur robbe,qu’ils haussent & rabaissent par deux fois en criant Cìn-Cin. Ceci n’estpasreceuennostre Europe. Le menu peuple de la Chine ferme la main gauche, & la couvre dela droite, puis porte plusieurs fois la main à la poictrine, 8c accommodant les paro-les à la contenance, monstre qu’ii aime passionnément l’amis qu’il salue. Les nobles8c opulens font trois profondes reverences êtendans & courbans leurs bras en for-me a arc, 8c en traversant les doigts des mains les uns entre les autres, 8c en criant%oye , s’efforcent de fe surmonter en courtoisie. Les plus cérémonieux s agenouil-lent en rencontrant, ou visitant leurs amis, 8c touchent la terre par trois fois deleurs maips 8c de leurs fronts, en témoignage de leur affection. Le valet à toutesles responfes qu il donne à son maistre, est obligé de fe prosterner jusques en terre ;
8c il n'én est pas ainsi parmi nous. Les Grands ne crachent jamais à terre, mais feu-lement , lors qu ils y sont obligés, dans la main de quelques Dames de qualité ; il fe-roit fort difficile de faire paíïer pour honneste dans nostre Europe , cette civilitéChinoise. Et Marc Polo enseigne qu’il n’estoit pas permis de cracher dans la sale duGrand Cham de Tartarie. Et vous íçavez comme tout ce que pût faire un grand cra-cheur auprès dune belle personne, fut de s’excuser sur ce qu’il estoit difficile d’estrebien proche d’un morceau délicat, fans que seau en vinst à la bouche.
Lors que les Chinois rendent la visite les uns aux autres, ils sont obligés de fe vestir autres toiï-de leur robe de civilité, de peur de recevoir quelque affront, 8c de n estre admis à^/J 0 ^l’audience. Les Grands font des presens en argent aux Petits, & les Petits en font nostres.réciproquement aux Grands. Ils tiennent pour desnaturés ceux qui retiennent unvent qui veut échaper, 8c cependant ce íeroit violer les loix de la pudeur 8c de labien-seance, que a en lascher un en nos compagnies ; à moins que nous soyons deThumeur de l’Empereur Claudms qui voulut raire un Edict portant permission d’enlaisser aller méme estant à table. Aucuns Chinois , 8c spécialement les Septentrio-naux , ne croyent pas pouvoir rendre un plus fort témoignage de joye, quand ils
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