z8 Description Ghnerale
reçoivent leurs hostes, ou bons amis chez eux,que de pleurer abondamment. Noustenons icy proverbialement que les songes ne sont que mensonges, 8c qu il ne fautpas s’y arrester , & les Chinois , comme auíîì les Canadiens les croyent tres-veritables.Nos plus serieuíès aótions semblent ridicules aux Tartares , qui reputent de leur ço-sté criminelles, celles que nous avons pour indifférentes ; 8c entr autres : fendre dubois auprès du feu avec une coignée ; tirer avec le couteau la chair du pot encorebouillant ; s'appuier contre le soviet, dont on fait aller les chevaux : (car les Tarta-res n’usent point d’éperons) toucher des fìesehes avec ce foiiet là ; prendre ou tuerdes jeunes oiseaux ; pisser dans l’enclos de son logement ; ce sont tous crimes (aurapport de Carpins , de Berger on , 8c autres) íelon leur Jurisprudence à faire perdrela vie. Cela me fait souvenir àzxicxms Allemans s offensent merveilleusementde voir faire de l eau par les rues, encore quìls pistent librement sous la table du-rant leurs longs repas j & de ce que j’ay leu des Indiens de la coste de Malabare , quine connoissent point de plus grande injure, que de rompre un pot fur la porte dequelqu’un. Car comme il y a des hommes qui sont tellement dans l’ufage de la rai-son - qu ils ne se laissent presque jamais traniporter de colere pour quoy que ce soit,non plus que Socrate ; L’on en void d’autres qui s’offensent de rien, 8c que la fou-gue prent sur les moindres íujets qui se presentent. Et il se trouve des esprits si déli-cats , qu’ils se troublent, 8c s’irritent pour des choses, dont d’autres qu’eux ne fe-roient que rire. Tel fut cét Hortensias , qui eust volontiers fait perdre la vie à sonCollègue , à cause qu en pastànt, il luy avoit tant soit peu changé le plis de fa robe,qu il s’estoit donne beaucoup de peine à bien mettre 8c ajuster devant que de sortirdu logis. Je vis 'kNanking un pauvre innocent estre couché sor le carreau pouravoir par mégard touché la robe d’un Conseiller.
Nous lavons les mains auparavant que de nous mettre à table : les Chinois ne leslavent point du tout, 8c les Arabes ne le lavent que la droite, selon les loix de leurscivilités. Nous croyons que le pain chaud est mal sain en beaucoup de façons ; & ilsne mangent le leur ordinairement que tout bouillant. Nous entre-mestons nostrepain avec la viande en prenant nos repas, & les Chinois n’en servent jamais non plusque du ris, aux grands festins : Et aucuns mangent l’un 8c l'autre séparément, 8csans mélange, cessant de prendre de l’un, quand ils commencent à gouíter de l’au-tre. Nous cherchons de la glace pour rafraischir nostre boisson ; 8c ils tiennent pourinsensés ceux qui la prennent froide ; 8c croyent d’estre malheureux de boire du vindevant que d’avoir mangé du ris. Nous aimons la netteté du service és tables ; 8cils ne lavent jamais leurs elcuelles qu avec le potage méme qu on doit manger.Nouscuisons la chair 8c le poisson séparément ; 8c ils les font bouillir dans un mefme potfans distinction. Plusieurs d’entre nous ne mangent que vers le Midy ; & ceux-cys’imaginent d’avoir un jour infortuné,s’ils ne mangent d’un bon matin. Nous ostonsles plats de table servis aux premiers mets ; 8c les Chinois les entassent les uns sor lesautres ,8c en font des chasteaux de métal. Nous servons nos viandes à table par „membres entiers; 8c ceux-cy les apportent toutes par morceaux,ors-mises les molles,comme œufs, poissons, & semblables. Nous manions les viandes avec les mains ;
8c les Chinois passeroient pour stupides & infâmes, s’ils ne les portoient à la boucheavec des petits bâtons d’ebene, ou d y voire. Nous rejetions la chair de Cheval, deMulet, d’Asne, 8c de Chien, 8c ceux-cy en font leurs meilleurs repas. Aucuns d’en-tre nous ne peuvent souffrir la chair de Porc ; 8c ceux-cy la tiennent pour la plus fai-ne , & la plus savoureuse de toutes les viandes. Quand les Chinois laissent croiítre lesongles de leur main gauche, rognant curieusement ceux de la droite, ils croyentavoir pipé, comme on dit, ou des mieux rencontré en ce qui est de leur usage, 8cde la bien-seance tout ensemble. Ainsi tout le monde a son conte, chacun s imagi-nant estre le plus sin ,8c l’entendre bien mieux que son voisin. Nous visitons nosmalades avec un grand soin ; 8c les Tartares mettent un signal au logis des infirmes,afin que personne n’y aille que celuy qui le sert. On trouve des peuples qui ont tantd’humanité pour les bestes, qu’elle excede souvent celle que nous avons pour nossemblables. Il se trouve des personnes dans VInde Orientale , qui croient faire unechose fort agréable au Ciel, de porter aux fourmis 8c aux oiseaux de la campagnedel’eausoccrée pour étancher plus agréablement leur soif. L'on void dans sâ-baië un Hospital fondé pour guarir les mémes oiseaux malades, à qui l’on rend la li-berté auíîì-tôt qu’ils ont recouvré la santé. L’impieté Musulmane n’empefche pas