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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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de l’Empire de la Chine.

les Turcs de faire des legs testamentaires en faveur des Chiens, & d’aífës d’autresanimaux, fur qui nos Marchands leur voyent exercer tous les jours dans le Caire 3cdans Conftantinople des charités merveilleuses. Mais les Chinois passent tous les autresen cela, fí nos Relations font véritables, qui leur font acheter tres-cherement despetits moineaux, pour les tirer de captivité, Sc les mettre dans leur liberté naturelle.

Leur Morale est fur tout remarquable au sujet que nous traitons, pour monítrerqu’une parfaite libéralité est tousjours détachée de tous interests, Sc ne considéréjamais la reconnoissance. Car encore quils ne puissent efperer des belles brutes lagratitude quils pourroient attendre des hommes raisonnables,si est-ce qu’il n y a pasun Hoípital dans toute la étee pour les hommes , & il s en rencontre une infinitépour toutes fortes d animaux. Ils fe fondent, dit tìerrera , fur f avantage^ que nousavons ducosté de feiprit, qui fait que nous ne pouvons tomber en nécessité quepar nostre négligence, ou par un juste châtiment de Dieu, auquel ils ne veulent pasrésister. Pour les bestes, leur innocence fait qu ils les jugent un plus digne objectde Charité ; ce qui est cause quils en usent vers elles, comme nous venons de diresens eíperance de retour j Sc fans fe rebuter par la considération dune ingratitudetoute certaine. Certes voilà d’estranges raiíònnemens, capables pourtant de nousfaire comprendre l’independance d une vraye Sc genereuse beneficence.

Lors quils veulent convier quelqu’un à un festin (le méme fe pratique en leursvisites) ils luy envoyent un livret, qui contient le nom du conviant, avec les nomsSc les qualités des autres conviés, en une page duquel est cette priere couchéeen un langage tres - relevé : Noble, Venerable, & Sage Ami ; N’ayant rien pluscœur que de me perfectionner dans les sciences, & d’employer toutes mes meiiíeu - convieures pensées à la contemplation Sc à l observation des vertus, que le bel Astre Confu -tius nous a enseigné, j’envoye par devers vous, puisque vous estes tout sage Sc toutvertueux, pour en estre mieux informé, Sc pour cét essét je vous conjure à genouapliés, Sc à fronts humiliés sc abbatus de vous rendre vers la mi-nuict en mon logis^

(telle est leur coutume) ou je vous ay fait preparer un festin d herbes potagères, afsorti de quelques autres petits mets, sc où j’ay desja fait nettoyer Sc ranger mes go-belets,pour les emplir de la meilleure boiíîòn, que j’ay pu recouvrer, pour mériter lagloire de vous avoir bien régalé. Espérant que vous aurez la bonté de vous abaisserjusques à ce point, je demeure jusques dansles Cieux vostre humilié. Ils envoyentd'ordinaire par trois fois ce Livret avec cette méme priere. Je ne vous entretien-draypas dans le récit des cérémonies Sc íomptuosités de leurs festins non plus que'des Comédiens, bouffons, & joiieurs de farces qui s’y rencontrent, puisque j’en ayassés parlé cy devant ; vous y remarquerez seulement que lors que le feílinant a toutíòn monde assemblé dans fa sale, il prend une coupe des deux mains, laquelle avanttout il présenté au Ciel, ayant les genoux en terre, Sc la face tournée vers le Midy :puis s estant levé, il en demande une autre pour saluer celuy, qui doit tenir à table lehaut bout. Reprenons le cours de nos antithèses.

Les Monarques de la é7-à s'éloignent tellement de leurs8ujetz,qu'iln’yaqueâer^oLleurs enfans Sc les Eunuques qui les puissent aboucher ; leurs Magistrats mémes ne Chinois!parlent à eux que par requeítes ; Et nos Rois croyeroient estre tyrans Sc barbares,s’ils ne verfoient leurs bontés fur tous leurs peuples par faisabilité Sc la clemence :

Nous tenons que faisabilité qui est une douceur modérée de paroles Sc de converse-»tion, doit croistre avec le Prince de son plus tendre âge, comme estant une vertuqui ne couste rien, Sc qui est d’un grand rapport, Sc qui porte avec íoy des chaifnesd’or pour captiver doucement les volontés. Une bonne parole qui fort de la bou-che d un Monarque, est comme la manne qui vient du Ciel, Sc tombe dans le dé-sert , pour nourrir Sc réjouir ses sujets. Les Magistrats de la Chine font des assem-blées , chacun en se Ville, le premier jour de la nouvelle Lune, pour adorer le thrô-ne, le sceptre, Sc toutes les autres marques de la dignité Impériale, qu’ils exposenten public ; Sc ces cérémonies ne font pas parmi nous. Lors qu’un des Magistratsvient à perdre son seel, il est privé de fa Charge, Sc puni tres-rigoureufement ; Scparmi nous ce n’est qu’un malheur qui peut arriver au plus prudent. Les Magistratsqui ont rendus de signalés services à f Empire, ont leurs bottes gardées, commedes Saintes Reliques, dans des coffres d or, accompagnées.de leurs eloges : on leurdresse des colomnes de marbre, des statues, des Arcs Triomphaux, voire des Au-tels entourés jour Sc nuict de chandeilles, Sc de sacrificateurs qui y brûlent des

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