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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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del/Empire de la Chine. 41

. Les Chinois prennent presque autant de divers noms, qu’ils ont de Lunes, & deconditions, leur Royaume méme & leurs Villes changent de noms à chaque mu-cation de famille Royale. L’usage du changement des noms est assez commun noms,& c.parmi les Nations. Les Papes le pratiquent aux occurrences. Le quatrième Livredes Rois nous enseigne que le Roy Pharaon Nechao mettant Eliacim dans le Thrô-ne de son pere sofas , il luy changea son nom en celuy de Joacim s comme Nabu-chodonofor le fit encore à Mathanias , le nommant Sedechie } quand il luy mit en mainle Sceptre. Et nous apprenons d 'Apollodore que la Sybille Pythie fut la premiere quinomma Hercule , celuy qu on avoit jusques alors appellé Alcide . Des hommes par-ticuliers en ont fait souvent autant ; Homere estoit connu par le nom de Melesgenes>

Sc mesme, selon Lucien , par celuy de Tigranes , devant qu’il eust le troisième quiluy est demeuré. E tMoyfe fut nommé Joachim par ses parens jusques à l’âge detrois mois, qu’il fut exposé - ayant aussi receu un troisième nom de Melchi dans leCiel, si nous en croyons Clement Alexandrin . On dit que les Japonois , & les Abys-sins en changent encore d’ordinaire trois fois, Lc quand bon leur semble davanta-ge. Les Chrestiens prennent une pareille liberté tous les jours, quand ils se fontconfirmer : Les Romains aussi tenoient pour une marque de servitude de n’avoirquun nom. Mais que dirons nous de ceux qui n’en ont point du tout ? Hérodote ,

Pline , & Solin asseurent que les Atlantes de Lybie sont assés barbares pour cela ; Scc est pourqúoy le premier les nomme anonymes.

- J’ay reconnu qu’en la Chine méme les filles n’ont point de nom, n’estant défi - le ? FiUe \gnées que par Tordre de leur naiflance dans la maison de leurs peres. On ne con- denom. íntvient dans toute l’Ethique de rien d’avantage que de T amour de la Patrie, & du re-spect envers les Parens.Pour ce dernier,il semble avoir son fondement dans la Natu- let varensyre, qui nous inspire tacitement dans les cœurs que nous devons avoir pour Dieux en£®”^®£terre, ceux qui nous les y representent par tant de bien-faits, Sc en tant de façons ° nn ° n 'disserentes, fur tout en ce que toute paternité procede de Dieu, qui est nostre

f ere commun. De là vient que les Chinois punissent de mesme genre de mortimpiété envers les peres, que celle qui regarde les Dieux immortels, selon leur fa-çon de parler, massacrans, ou jettans ceux qui se trouvent coupables de tels crimesautant les uns que les autres dans les profondes rivières, ou à la merci des vagues dela mer, aprés les avoir cousus dans un sac. Les Histoires de cét Empire ne rappor-tent rien de plus ordinaire que les bons offices rendus par les enfans à leurs parensjusques à leurs tombeaux, ni rien de moins fréquent que des punitions de leur dés-obéissance. Ce n est pas seulement parmi cette Nation qu’on remarque la grandeestime que les enfans ont fait de leurs Ancestres. Les Villes de Syracuse & de Cata*ne ne se querellerent-elles pas long-temps pour la naissance de ces fils qui sauvèrentleurs peres des flammes extraordinaires d 'Etna , dont chacune cherchoit de s’attri-buer l’honneur ? L'on veut qu Antilochus se soit fait tuer devant Troye , pour sauverla vie de son Pere Nefior. Et Pindare asseure que Chiron ne faisoit point de plus ex-presse leçon à son disciple, que d’honnorer, après le grand Jupiter , Peleus Sc The*tis qui l’avoient mis au inonde, comme ses Dieux visibles.' Mais abstenons-nous detant d’exemples, qui pourroient estre rapportés là deflus, pour faire cette feule ré-flexion aprés Valere Maxime , au sujet d une fille Grecque, Sc d une Romaine, quiavoient nourri de leurs mammelles dans la prison, celle-cy sa mere, Sc la premiereson pere. On pourroit croire, dit-il, qu’il y auroit quelque chose en cela qui cho-queroit Tordre de la Nature, de voir allaitter des peres Sc des meres par leurs en-fans ; si T amour paternel Sc maternel ne dependoit pas comme il fait, de la premiereloy de cette mesme Nature. Et certes toutes les constitutions divines Sc humaines -sont si expresses là dessus, qu on ne sçauroit regarder sans horreur ceux qui se dispensent tant soit peu de leur observation. Les Histoires neantmoins font voir quebeaucoup de Nations (tres-condemnables en cela) se sont diípensees de ce respect >

& les Relations du nouveau Monde faites par Sagard, & T AUeman, nous contentque les peuples errans de Canada tuent librement leurs peres Sc leurs meres, quandils les voyent dans uneextreme vieillesse. C’est un trait de pieté à quelques Indiensd’en user de méme, Sc de les manger en fuite, si nous en croyons Solin. Les Trióa -les , dit Ariflote , ont pour une action fort honneste Sc légitimé, d’immoler les leurs.

Et les Scythes , au rapport de Sextus l Empyrique , les étranglent aussi-tôt qu’ils sont

. P scxa*