‘ 42 Description Generale
sexaginaires : dequoy, adjouste-t-il comme Payen, il ne faut beaucoup s étonner,puisque nous croyons que dans le Ciel méme Saturne coupa les testicules de sonpere, que Jupiter précipita le sien dans le Tartare s & que Minerve , affiliée de Ju~non St de Neptune , tascha une fois d’enchaisner le méme Jupiter dont elle elìoit fil-le. D’ailleurs Aristophane qui a commis un autre genre de parricide à l’endroit dupere commun de tous les Philosophes, fait que Socrate enseigne les enfans à battreleurs pareils par raison. Car puisque, dit-il, les peres chaíiient leurs fils par amour,comme ils protestent, pourquoy ceux-cy cederoient-ils en cette affection, qui lesoblige à le traitter de méme ? Auffi que les fautes des peres leur doivent bienmoins estre pardonnées, puis-qu’ils sont plus instruits au bien, & par conséquentplus punissables, s ils s'en écartent. Que si la loy ne permet pas qu on donne lefoiiet à d autres qu a ceux qui ont le nom d’enrans, les peres ne tombent-ils pasen enfance, selon le proverbe, bispuerisénés , & par conséquent dans le cas de laloy > Il n’y a rien, poursuit-il, qui soit plus selon la Nature, que ce procédé, com-me le témoignent suffisamment les Cocqs, & aisés d’autres animaux, qui gourman-dent & excedent tous les jours devant nous ceux qui leur ont donné 1 estre ; fansqu’il soit besoin d’avoir recours là dessus à ce que font les Vipères, les Scorpions -les Phalanges, Sc ces autres Araignées , qui font perdre la vie en naissant à ceux dequi ils la tiennent. Cesfentimens â& Socrate sont bien contraires à ce grand Mo-raliste Confutius qui a tant recommandé aux Chinois la pieté envers les parens, Scmille fois plus contraires aux sophisteriés d’aucuns Platoniciens spirituels, qui fai-soient profession ouvertement dune tres-grande aversion de leurs parens, à causedu corps qu’ils avoient receudeux, dans lequel, comme dans une prison,lamese trouvoit renfermée. N'est-ee pas une choie étrange de voir tant de diversités dejugemens Sc de mœurs, à l’egard de f opération des sens tant internes, qu externes,& de considérer comme chacun demeure si satisfait du sien, qu il le préféré tous-jours à tout autre >
Meeursies Je me sois informé estant à la Chine des mœurs des Japonois , qui en sont voisins ;
faponoû. Pou nia dit qu’ils vont tous la teste nue hommes Sc femmes ; Sc au lieu que nous sa-luons ceux que nous voulons honnorer en nous découvrant la teste, ils mettent àméme fin le pied hors de leurs sandales par respect. Nous nous levons pour rece-voir nos amis avec civilité, eux se tiennent assis pour cela, ce qu’ils appellent s hu-milier :1e noir leur est comme à beaucoup d’autres peuples, une couleur de res-joiiissance ; le blanc au contraire leur sert en deuil, lors qu’ils veulent témoignerqu’ils sont dans l'Miction. Aussi mettent-ils la beauté de leurs dents à estre fortnoires, prenans plus de soin de se les rendre telles par artifice, que les plus curieuxd’entre nous n en ont pour les avoir blanches. Leur odorat fuit presque généra-lement tout ce qui plaist au nostre, Sc c est peut estre ce qui est cause, qu’au lieuque nos médecines sont si puantes Sc si ameres, les leurs paraissent tres-agreables »& sentent, comme ils disent, fort bon. LeurGoust n’est pas moins différent dunostre à 1 égard des viandes, Sc du breuvage, ne beuvant jamais que chaud, cequ on dit qui les exempte de la Goutte, Sc de la Graveste. Pour ce qui est deTOuïe, nous ne pourrions pas souffrir leurs musiques, car nous prendrions pourdissonances, ce qui compose leurs plus agréables symphonies. La pluspart de leursactions ne diffèrent pas moins des nostres, ce qui témoigne un principe de raisonne-ment fort contraire à celuy dont nous nous servons. 11s montent à cheval prenantson costé droit, tout au rebours de nous, qui choisissons la gauche. Nous nousfaisons tirer du sang ou par nécessité, ou par précaution ; eux croyent cela si fortcontre nature qu ils ne le pratiquent jamais. Nous ne présentons gueres aux ma-lades que des alimens bien cuits, & peu salés s leur méthode est de les leur don-ner crus, avec choix des plus acres, Sc des plus salés : Les poulets, Sc autres volatilsde facile digestion sont aussi la plus ordinaire nourriture de nos infirmes ; ils prescri-vent aux leurs Tissage des poissons,des sinistres. Sc d’autres coquillages. Bref commesi Dieu Sc la Nature se soient plus à rendre ces Régions Orientales du Japon Sc de laChine différentes presque en toutes choses des nostres, les Plantes mesmes y sontd’un tempérament si éloigné de celuy des Européennes, qu’on y void entr’autres unarbre anonyme, ou pour le moins qu’ils ne nomment point,à qui la pluye est mortel-le , Sc que la moindre fait dessecher, le seul remede pour l’empefcher de périr estant
d’ex-