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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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de l’Empire de la Chine. . ^

d’exposer sa racine au Soleil, & l’ayant ainsi desièchée, de l’enterrer dans une nou-velle sosie pleine de gravier bien soc, ou méme de la scorie de fer, ce qui le faitreverdir. Sans mentir ce font là de merveilleuses antithèses, & qui font voir que laraison des hommes,dont plusieurs croyent l’uniformité, reçoit par leur antipathie,&par leur différente constitution de grandes diversités. Je vous en rapporterois millefois davantage, si mon but estoit de parcourir les coutumes de tous les étrangers : lesChapitres suivans vous en étalleront encore quelques-unes qui regardent particuliè-rement les Chinois,

CHAPITRE V.

Des Pompes funèbres , & Sépultures des Chinois ,

L 'inhumation est d autant plus Chrestienne - que dans la Religion Payenne l'on combienestoit si aveuglé que de croire qu a faute d'avoir receu l’honneur de la sépulture, l 0 e * t f"“ enSles âmes des défunts demeuroient errantes l’eípace de cent ans, miserables com* estât de l'm.me celle de Palmure , devant que de pouvoir penetrer jusques au Royaume dePluton . L'on y tenoit pour asieuré - que ces meímes âmes estoient sensiblement " ortouchées là bas des honneurs des inhumations & funérailles.

Chaque Nation rend presque disieremment les derniers devoirs aux morts, sinous en croyons nos Relations. Ceux qui meurent dans le Royaume de Siam(dont nous avons parlé en nostre premiere Partie) où les quatre Elements font ado-rés par des Sectes difFerentes, en qualité d’adorateurs de la terre, font mis dans dessosies comme nous, quand ils viennent à deceder : Ceux qui y rendent leur culte àl’Eau, y font jettés aux poissons : L’on y pend à l’Air ceux qui respectent fa divinité :

Et les derniers qui sacrifient au plus haut Element, luy font livrés aprés leur mort,pour estre réduits en cendre. Voilà dans une feule Province, prelque tout ce quis’est pratiqué au reste du monde fur ce sujet.

Les deux façons d’enterrer - ou de brûler, ont esté les plus communes, & tou- *tes deux observées indifféremment à Home s au lieu qu en beaucoup d'endroits laderniere est encore aujourd’huy la plus estimée : Louis Bartheme nousj apprendqu’en Calicut , il n’y a que les Naires ( qui íònt les Gentils-hommes du pais ) donton brûle le corps ; 1 inhumation, comme plus vile, estant delaisiee au menu peuple.Cambyses neantmoins ne fe contenta pas de faire fouetter le cadavre d ' Amajìs , il le-fit brûler en fuite pour un dernier affront, fans considérer, dit Hérodote , qu il outra-geoit au méme temps le Dieu des Perses qui estoit le Feu. Austì ne reduiíòns-nousen cendre que les corps de ceux dont la mémoire est condamnée, le Christianismepréférant fur tout les enterremens, qu’on tient comme essentiels dans nostre Reli-gion. Pour ce qui est de l'Eau, les Iabyophages jeftoient leurs morts aux postions,pour leur rendre,difoient-ils,ce qu’ils tenoient d eux : Et les Peoniens n’avoient pointd’autres Cimetières que les Estangs. L’Air recevoit son tribut comme les autresdans la Tartarie de 1 horde de Kprgejfi , & dans la Colchide , où l'on pendoit aux ar-bres les corps des hommes cousus dans des cuirs de bœufs. Les Perses expoíòientaux chiens & aux oiseaux de proye leurs morts; qu’ils tenoient pour médians &abominables s'ils n’estoient bien-íôt dévorés. Le méme est pratiqué par ceux duRoyaume àzTibet , mentionné cy devant, l’enterrement, ni l’empyreume, ouconsomption par le feu ni estant pas tenus si glorieux. Les Majsagetes (selon Hero*dote) les IJsedons , & quelques Indiens n ont pas creu pouvoir bailler une plus noble‘ sopulture à leurs propres peres, que de fe les incorporer en les mangeant. Barbofàveut que cela fe pratique encore en quelque pais sujet au Royaume âeSiam. EtAlvaro Nunne^ attribue la méme coutume aux Indiens Occidentaux , sinon qu’ils ré-duisons en poudre les os de leurs parens trépaísoz, pour les avaler dans leurs boisionsordinaires.

Quant aux Chinois , qui en soite de leur Morale portent tant d’amour & de vene- Pompes /«-ration à leurs parens, & amis durant leur vie, ils tiennent pour criminels, & detesta- n c e ^ 0 s f m eiblés ceux qui manquent aux folemnités,pompes,& magnificences deucs à la mémoi-re 8c à l’honneur des trépassés.Dés que quelqu’un de leur sang a fermé les yeux,ils luylavent le corps,le revestent d'habits riches & parfumés,& le placent en cette posturedans une chaise garnie de damas blac, au pied de laquelle tous les parens & amis,

F % chacun