44 Description Generale
chacun selon son ordre, viennent s agenouiller, Sc luy rendre respects avec une con*tenance forte triste, Sc abbatuë. Cette cérémonie estant faite ils renferment dansun cercueil, fait de quelque bois odoreux Sc aromatique, lequel ils élèvent fur unetable, au milieu dune sale richement parée, Sc le couvrent d un drap blanc qui batjuíques à terre, fur lequel on expose son effigie, devant laquelle un chacun rend dessoumissions admirables. On dresse à l’antichambre une table qu on couvre de chan-deilles ardantes, de pain, Sc de toutes sortes de viandes, de confitures Sc de fruits,pour réparer, ou maintenir les forces d’une quantité de Sacrificateurs Sc de Moines,qui employeur les nuicts entieres en chantant des hymnes, en offrant de l’encens, enimmolant des Sacrifices, en brûlant des papiers peints, en criant à gorges déployésvers le Ciel, qu ils conjurent de recevoir dans son sein lame du defunct. Les quin-ze jour estans expirés en semblables festins, prières, Sc cérémonies - 40. ou 50. per-sonnes portent le cercueil hors de la Ville fous un ciel de velous, parsemé de millefigures, avec un ordre Sc une magnificence nompareille : Tous les parens, alliés, 8camis du defunct s’y trouvent avec leurs femmes voilées, qui font les pleureuses ; ungrand nombre dePrestresy exercent leurs voix à chanter les louanges du defunct,8cà prier leurs Dieux ; Sc une infinité de Musiciens Sc de joueurs d’instrumens couron-nent le convoy d un plat de leur mestier, pour arrester en partie les larmes des déso-lés , adoucir par leur harmonie le courroux de leurs Idoles, Sc les forcer doucementà ranger dans le roolle des saints, l'ame du trépaífé. Dés qu ils sont arrivés au lieudu Sépulcre, on ne voit que des papiers Sc des draps de soye volans Sc bruílans, quireprefentent force femmes, esclaves, Elephans, Sc chevaux, force or Sc argent,for-ce marques de puissance Sc d’autorité, dont le mort, difent-ils, jouira en lautremonde. La feste seroit trop maigre Sc trop morne,fi le ventre ne s’en ressentoit.Désque le Sépulcre (qui est basti ordinairement de pierre de taille, 8c a divers apparte-mens) est ouvert, on l’entoure de quantité de tables qu’on charge de toutes fortesde viandes Sc de breuvages, dont un chacun s’en gorge, aprés que le mort en estdegousté : Tout ce qui reste des tables est jetté dans le Sépulcre avec quantité dedraps de soye, Sc de raretés, pour servir au mort durant son long voyage, Sc s enrevestir en Paradis. Le Sépulcre estant fermé, on dresse fur quelques colomnes demarbre l’effigie du defunct avec les eloges de fa vie. Les parens dans telles occur-rences sont vestus de toile de chanvre blanche, portent des capuchons qui leurscouvrent la face, Sc ont leurs longues robbes sanglées de cordes de crin à la façonde nos Cordeliers.La pluspart d’entr’eux portent ces habits de deiiil trois ans;durantlesquels ils ne sortent pas presque de leurs maisons, n’exercent aucunes Charges »Sc ne comparoissept à aucuns festins, de peur de ternir f amour, Sc la vénérationqu’ils doivent au defunct. Aucuns d’entr’eux retiennent chez eux trois ou quatreans un corps enbaumé avant que de le porter au lieu de leurs Peres. Voilà la pluípartdes cérémonies que les Chinois observent religieusement dans les enterremens Scpompes funèbres, dont aucunes sont pourtant bien différentes de celles de leursvoisins.
tontuim h L es Tartares Circajsiens croyent si peu qu’il soit honneste de pleurer les morts,telles d\tu- qu une femme seroit deshonnorée chez eux, si elle avoit soupiré aux obsèques de)hnl Na ~ ^ on mar * ' âufquelles on a accoustumé, entre autres réjouissances, de depuceler, àla veuë de tous les assistans, une fille de douze, op quatorze ans, avec une effronte-rie qu on ne sçauroit trop condamner. La pluípart des habitans du Royaume deTetiduc sacrifient les femmes, les serviteurs, les animaux, Lc les meubles d’un hom-me décédé, pour son usage au pais des Trépassés. Marc Polo dit qu on se contentede brûler la peinture de toutes ces choses en la Province de Tangut , 8c dans la Chinemême, comme nous venons de dire, ce qui est bien plus tolerable. Mais il assureque quand on porte au Mont Altay les grands Cams pour y estre inhumés, tout cequi se trouve en chemin d’hommes Lc d'autres animaux est tué, pour aller servir enl autre monde l’Empereur décédé, y ayant bien eu vingt mille personnes maíïàcrésde la forte aux funérailles de Mongu Cam . Ne croiroit-on pas que ces troupesestoient capables de faire branler l’Enfer sous la conduite d’un si grand Monarque >Au surplus ce Mont destiné à la Sépulture du Prince des Tartares , me fait souvenirqu’il n y a gueres de Souverains fur la terre, qui n’ayent eu de méme un lieu affectépour la leur, quoy que plusieurs Philosophes s’en moquent, disant que toute la ter-re nous doit servir de tombeau - Lc qu’une belle ame doit Moins se soucier de son
corps