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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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de l’Empire de la Chine. 47

étonner que S.Paul enseigne qu’il n’est pas moins ignominieux aux hommes de por-ter les cheveux longs, que glorieux aux femmes à qui Nature les a donnés commepour leur servir de couverture. Le Poète Phocilide en avoir presque dit autant : Virisnon congruìt coma sed mulieribus cincinni. Il eít vray que cette frisure ou anneluren’est pas du precepte Apostolique, qui rend honteux le surnom de ce Dictateur Ro-main L. Quìntius Cincìnnatus . Or quoy que nos moeurs en cecy, comme en touteautre choie, soient fort différentes, y ayant beaucoup de pais où les femmes portentles cheveux courts, Sc les hommes au contraire ; comme la Relation de le Maire le, dit de certains peuples, qu’il trouva après avoir passé le Détroit qui porte ion nom.Si est-ce que la belle chevelure est tellement l’appannage des femmes, que la raíureest une des peines que les loix ordonnent aux débauchées. Je penso que le Législa-teur s’est fondé fur ce qu enseigne Aristote des cavales, à qui l’on coupe le poil pourles rendre moins ardantes au coït ; Equarum libido extinguìtur jubâ tonjâ , castronstrìflior redditur. A quoy se rapporte l’observation de Dion , qui dit que les pasteursde son temps rasoient tout le crin à une jument, pour l'obliger à se laisser couvrirpar une asne. Tant y a qu entre tant de variétés qui regardent la coeffure,les Chinoisnourriísoient jadis leurs cheveux, pour estre pris par là, & estre emportés au Cielaprés leur mort, ce que ne faisoient pas leurs Prestres qui croyoient y pouvoit allerfans cette prise. Dés que les jeunes gens estoient parvenus àlage de vingt ans, ilslioient leurs cheveux, Sc les portoient sous un bonnet qui estoit lacé à la façon d unrets de crin de cheval ; ce bonnet avoit un trou au dessus, par ou ils faisoient passerleurs plus longs cheveux, fort artistement noués Sc entrelacés. Les femmes au lieude bonnets portoient de stocs, ou toufes de poil frisées, entortillées, Lt embelliesde fleurs artificielles, d’or, d’argent, Sc de pierres précieuses. Mais depuis que cet-te Couronne fut annexée à celle des Tartares , les Chinois n’ont plus qu’un coupetau haut de la teste. Et puis que nous sommes fur les chevelures, je ne puis m’empes-cher de vous dire, qu il y a des Musulmans , qui ont auífi un coupet, par le moyen. duquel ils se promettent qu un Ange les transportera au Paradis de Mahomet . Go-tard nous fait voir dans fa sixième partie de 1 Inde Orientale , que preíqvie tous leshommes de la Guinée , portent leurs cheveux rangés Sc postés de différentes façons.Il est certain que les Rois des Gaules de la Race de Merovée estoient comme lesProphètes & les Nazaréens, qui ne soussroient jamais que les rasoirs ou les ciseaux .paflassent par dessus leurs testes, ou diminuaíïent leurs chevelures. Et pour ce qniconcerne la raíure des hommes, il n’y a gueres que la dévotion, le duëil, ou la ma-ladie , qui les y obligent, & qui en faflént naistre la coutume. Nous voyons que lesMoines en usent & la pratiquent au premier cas : Au second les Perses , pour témoi-gner le déplaisir qu’ils avoient de la mort de Mastflius, non contens de se raser, cou-pèrent le poil à toutes leurs montures : Et au troisième cas une douleur de testequ eut Charlesde Quint l an 1529. au passage de Barcelone à Genes , l’obligeant à sefaire raser, les Ejpagnols , qui avoient juíques à là nourri de longues perruques, seles firent couper, quoy que si mal volontiers, qu’il y en a eu, à ce qu'asseure Ls-r-doual , qui en pleurèrent de regret. Plusieurs Chinois , encore plus sensibles de cetteperte que les Espagnols, choisirent plustôt la mort, que la dimunition du moindrede leurs cheveux. Certes, on ne peut pas dire que nostre Europe , est en cela moinsvaine que la Chine , parce qu’on y voit force muguets, qui entrent en colere, si lemoindre poil de leur teste se rompt, ou sort de fa place ; Sc ils aimeroient mieuxvoir tout l'Estât en trouble & en confusion, que leur perruque en désordre: Desorte que l'on y trouve force personnes plus en peine d’avoir belle teste, que de la-voir faine Sc bien-faite.

Plusieurs Nations se laissent emporter au cours des nouveautés, & de ce qui sem-ble contenter le plus les yeux du peuple, qui aime toujours le changement. J’a-voiie qu’il luy faut donner quelque chose, Sc que ce seroit estre trop rigoureux, devouloir heurter toutes ses modes ; car l’usage ordinaire l’emporte, & oblige souventles plus sages à le suivre : quoy que la raison semble s’y opposer. Mais il y a de cer-tains degrés par leíquels un honneste homme peut Rapprocher doucement de cesmodes, au lieu d’aller à grand’ haste au devant d'elles, comme font ceux qui n’ontrien de plus à cœur que de s’y conformer, Sc qui par jeunesse, baísesse d’esprit, ouautrement, s’y assujettissent tout à fait. Telles personnes ne sont jamais plus con-tentes , que quand elles ont un habit neuf, Sc elles imiteroient volontiers ce Roy de

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