Buch 
L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
Entstehung
Seite
49
JPEG-Download
 

de l’Empire de la Chine. 42

lient leurs robes avec un ruban tout à f entour de la poictrine, sens replier les collés,

& portent au poignet de plus larges manches que les hommes.Les robes des Grandsfont d’ordinaire de soye bleue traníparantes, Sc parsemées de dragons brodés, maisles roturiers en portent de coton. Et cette mode leur plaît tellement, qu’ils se per-suadent qu ils font les mieux veítus du monde, 8c se gaussent des modes de toutes lesautres Nations. Tant un chacun est jaloux de la mode de ion pais, qu’il estime tous-jours la meilleure 8c la plus belle.Les Negres, dit Cadamofle, s’eíliment les plus genti-ment parés du monde dans leurs habits faits tous d’une venue, & en forme de sacs.

Ceux de Canada tirent dessus leurs robes des lignes de cole étrangement façonnées*

8c qu ils ne prisent pas moins qu on fait dans XEurope les passeraens de Milan. LesIrlandais preferent leurs chemiiès jaunes, 8c passées par le saffran Sc surine, aux plusblanches de Hollande. Le Turc fait gloire de son Turban > 8c le Moscovite se trou-ve si bien de son chapeau, qu’il réglé la noblesse 8c le mérité à se hauteur, n’estantpermis qu aux plus grands Seigneurs de sujfìe de porter les plus hauts chapeaux.

Charles de Quint ayant défendu aux Morisques de Grenade lan 1525. de íe veítir à laMoresque,ils rachetèrent cette defence d’une tres-grande somme de deniers, selonque fa remarqué Sandoiial. Enfin l’accoutumance obtient icy, comme par toute laNature, son privilège de f emporter fur toutes sortes de considérations contraires.

C'est pour cela que les Princes qui ont voulu s’acquerir f affection de quelques pleu-ples, se sont par fois soumis à leurs façons de s’habiller. Rien ne gagna tant le cœurdes vassiux de Darius au Grand Alexandre, que la tiare 8c la robe Persane, dont il separa : ils crûrent que celuy qui les avoit conquis, les aimoit, puis-qu'il se donnoit lapeine de les imiter. François. I. prit jusques à la braguette des Suisses, pour complai-re a leur Nation. Et Philippe II. ayant conquis le Portugal se vestit dans Lisbonne àla Portugaise. Cabrera ayant observé qu’il fit méme sa barbe en rond,ainsi que la por-toient alors les Portugais . Or comme je tombe d’accord qu’il y a beaucoup de moudes,ausquelles nous devons nous conformer,aux unes pour le tout,aux autres en par-tie. Sc petit à petit seulement,parce quelles ne sont pas également honnestes Sc utiles.

Auísi iuis-je dans cette ferme opinion, qu il s en présenté quelque-fois,qu un hommed honneur est obligé de rej etter entierement, 8c fans exception, pour estre si dérai-sonnables,qu’on ne les peut recevoir sens se faire trop de tort. Je mets en ce ce rangtoutes celles qui sont extraordinairement incommodes,ou qui prejudicient notable-ment à la santé. Car il s’invente des façons d’habits,qui mettent tellement le corps àla gesne, qu’il faut estre tout ennemi de son aise pour les suivre, 8c s’y assujettir. Etd’autant que mon but n’est pas d’examiner cela par le menu, je me contenteray deparler des abus où l'on est aujourd’huy, qui regardent nostre chauíïùre, 8c qui nousferont assés reconnoistre ce qu’on doit eviter en tout ce qui concerne rajustementde nostre personne; Les femmes ont eu de tout temps la curiosité d’estre mignonne-ment chauísees,ce que les Grecs nommoient à la Sicyonyenne. Entre les attraits dontJudith fceut gagner le cœur d’/so/o/m^l’EscritureSainte remarque expressément ladélicatesse de ses patins, Sandalia ejus rapuerunt oculos ejus. Et nous voyons que f E-spoux dans ce divin Cantique desCantiques n oublie pas de loiier l’exquise chauíïùre deson Efpouse,qui rendoit fa démarche plus agréable. Quampulchrijuntgrejsus tuì ìncalceamentis filiaPrincipis .Et n’avés vous pas remarqué là dessus,ce que je vous ay àitieurs chauf-âesChìnois^ai ont eu f addrefsede mettre parmi eux la beauté des fisses en lalongueursE,s?-c.de leur pied, asin de les reifdre plus sédentaires, parce que le dessin qu’elles ont d’ac-querir cét avantage,les oblige à s’étreffir par artifice la plante du pied de telle façon,que force leur est aprés de demeurer au logis,ne se pouvant presque soutenir sor leursjambes.Mais que des hommes nais à f action se jettent de gay été de cœur dans ía mé-me disgrâce,& mettent la gentillesse du pied à f avoir,ou Ie faire paroistre,d’un quartplus long que Nature ne fa fait, comme si elle n’avoit pas fceu prendre assés bien sesmesures pour ce regard ; c’est ce que je ne me serois jamais pû persuader, si nousn’en avions la preuve tous les jours devant les yeux.Ne nous étonnons plus de ce quedisent aussi les Relations de la Chine 8c du Perou des peuples de certaines Provinces,qui se pressent la teste avec des pieces de bois, asin uobtenir la face carrée, 8c d’ac-querir.une largeur de front prodigieuse, où ils constituent neantmoins le plus hautpoint de la bonne mine:Puis qu’il y a des personnes en France 8c ailleurs,qui ne trou-vent rien de plus galant qu’un pied de songeur monstrueuse, ou qu’un pied de ma-rais,pour nous servir de leurs propres termes, ni rien de plus séant qu’un soulier cinq

G doigts

s