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DESCRIPTION GENERALE
CHAPITRE VII.
"Diversgrands abus des Chinois.
Grands
Chine .
S ENE qjj E ne se plaint point à tort de ce que chacun réglé sa vie, plustôt surl’exemple des autres, que fur ce que pourroit prescrire la raison, que nous fai-sons par ce moyen ceder presque toujours à la coutume, quelque bigearre Sc quel-que injuste qu elle soit. II a certes railòn, ce mauvais usage fait un des plus grandsmaux de la vie, parce qu il n y a pas de deíòrdre qui ne passe pour bon iàns l'exami-ner , Sc qui ne s’establisse fans répugnance, depuis qu estant devenu à la mode, ils est rendu commun ; JReBi apudnos locurn tenet error», ubipublicwfailw efi. Or parce que l'entreprise de changer les coutumes établies de temps immémorial, Sc quel'on appelle inveterées, n est pas (dit-il) celle d’un homme sage, qui en s accommo-dant doucement à tout, se contente d’avoir sa conduite particulière, laiííant auxfous le dessein de reformer tout le monde. Il faut que la prudence humaine se con-tente de s opposer toujours, autant qu’il luy sera possible, à l’introduction des cou-tumes déraisonnables, Sc que le bon sens ne sçauroit approuver. Les PP. Jésuites ,qui se sont heureusement introduits dans la Chine , fans s’arrester beaucoup à cesmaximes, Sc poussez d’un meilleur zele, n ont pas laissé d’abord de controler lesmauvaises mœurs Sc habitudes inveterées des Chinois , Sc de s’opposer de tout leurpouvoir aux plus tyranniques, Sc brutales. J’avoiie que par leur industrie Sc vigilan-ce ils en ont desja extirpé en quelques endroits:mais il y en a encore mille autres quiseroient à reformer, si ces peuples ne s’accommodoient pas tant à l’antiquité Sc à l’u-sage, Sc s ils n’estoient point si esclaves de leurs propres sentimens.
On y en voit aucuns qui ne font d’autre profession que.de deviner, & piper leabus en u moude par des niaiseries détestables, comme nous avons dit cy devant: On y eatrouve d’autres qui par la rencontre d’un chien pommelé faite d’un bon matin, vien-dront d’un sang froid tuer leurs femmes - comme si elles estoient adultérés. L’on ytrouve une infinité de peres Sc meres, qui ayant oublié la douceur Sc la compassionqui leur doivent estre naturelles, vendent leurs propres enfans, comme leurs pour-ceaux,fur les marchés. Les filles aveugles mémes font exposées en vente,& font en-gagées à quelque Bourdelier pour quelques années par un Juge B oyal, dont le de-voir est de prendre garde à ces lieux infâmes, afin que le tout s y passe en bon ordre,Sc que les places y soient tousjours occupées. Quant aux garçons que les parensvendent par fois par nécessité, on les occupe à quelque métier ; Sc quand ils l’ontappris, ils doivent servir leurs nourrissiers julques a un certain temps, lequel estantexpiré les nourrissiers lont tenus de les rendre libres, voire méme de les marier, Scde les mettre dans un train Sc lieu où ils puissent gagner leur vie. Et en reconnoislance de ces faveurs, ces jeunes gens font obligés tous les premiers jours des Lunesde venir offrir quelques preíens avec leurs services à leurs bien-faicteurs. Mais lesplus détestables de tous leurs abus ce font, à mon avis, les íuivans. Ceux qui préfè-rent la mort à une vie pleine d’amertume ,& qui disent que de regretter la perted’un misérable, c’est envier en quelque façon la félicité, précipitent leurs enfansdans les eaux, suivant l’opinion de leurs Philosophes, qui leur permettent de les per-dre, fur ce pretexte que la vie n est qu’une pure servitude ,& que nous devons té-moigner nostre affliction à la naissance des hommes, Sc nous réjouir extraordinaire-ment lors qu’ils quittent la vie. Il y en a entr’eux de si dénaturés qui disent que com-me on quitte le jeu quand on veut, Sc qu’on íort de table de méme, un chacun peutaussi abandonner la vie quand bon luy semble, & que de là depende le principalpoinct de sa liberté. C’est pourquoy lors que ces Chinois se voyent accablés de mi-sères , ou incapables de tirer vengeance de leurs ennemis, ou bien d’obtenir unbien désiré, Sc de ne pouvoir eviter un mal qu ils abhorrent, s’étranglent à groíîestroupes devant leurs portes, ou se poignardent eux-mesmes, pour ne pas mourir demille morts,en mourant tous les jours de regrets, & de déplaisirs. Je sçais bien qu’iîsne font pas seuls qui ont enseigné cette doctrine, Sc que ceux-mémes qui mettoientle souverain bien dans la volupté,ont esté de méme avis.L’un des Ptolomées fut con-traint de defendre la chaire au Philosophe Hegefìe de Secte Cyrenaïque, pourceque la pluspart de ceux qui l’entendoient discourir des miseres de la vie, Sc de la ré-solu-