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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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DE l’EmPIRE DE LA CHINE. yj

solution qu on doit prendre de s’en delivrer par la mort, se la donnoient au sortir deson auditoire. Celle de Calanus devant Alexandre , 8c cette autre de Zarmarus enpresence àAugufte , nous assurent que de temps immémorial les Indiens se sont jet-té s gayement dans les bûchers ardens, comme ils font encore tous les jours. Et lepoison qu on donnoit à Marseille , par une coutume venue de l’Ifle de Cea , à ceuxqu un excés de bonne ou de mauvaise fortune portoit au deíìr de mourir, est unepreuve de l’approbation que beaucoup de peuples ont donnée, à ces morts volon-taires. Cela me fait souvenir dune pensée de Pline laisné, qui a creu que la Naturen avoit produit les poisons, qu ah n de nous preparer un remede assuré contre toutesorte de miseres. Tant y a que plusieurs ont tenu (comme Chinois j pour un sigrand bien de mourir quand on le veut, que ce bon vieillard Severianm n use pointd’autre imprécation contre l'Empereur Hadrien qui oppnmoit son innocence, quede lu y souhaiter qu il ne pûst pas mourir lors qu il en auroit le plus d’envie, en quoyil sembla depuis que Dieu avoit exaucé fa priere. Mais entre tous les anciens, il n yen a point eu qui se soient si fort opinialtrés à se maintenir dans cette liberté demourir, que les Stoïciens > de façon que pour un des autres familles Philosophiquesqui avançoit ses jours violemment & avant le temps, il y en avoit cent de cellede Zenon , qui les siniísoient de leur propre main. Aussi leur en donna-t-il l’exempleen s’étranglant aprés une cheute, dont il prit F accident pour une dénonciation desParques qui l’appelloient en l’autre monde. Sans mentir, c'elì ce qu’on ne sçauroittrop condamner, comme contraire à la Nature, & à la raison. Car il ne se trouveque 1 homme entre tous les animaux, qui se tue luy-méme, selon les remarques deJofephe s si ce n’est que nous le combattions de F autorité du plus grand Historiogra-phe qu’ait eu la Nature, qui assure qu entre les Oyes, quelques-unes se font mouriren retenant par opiniastreté leur respiration. Mais quand cela seroit véritable, que

f agnerions-nous de plus avantageux pour le Sage Stoïque, sinon qu’il seroit capablee se donner une mort d ’Oison f La raison nous apprend d ailleurs qu on ne sepeutdéfaire soy-méme, fans exercer l’infame métier de Bourreau, 8c fans commettre uncrime pire que le parricide, puis-qu’il n y a ni pere ni frere qui nous soit si procheque nous-mémes. Joignez à cela Fourrage qu’on fait à Dieu, fans le congé de quinous chassons en ce faisant une Ame du lieu,où il nous l’avoit donnée en depost seu-lement. N’est-ce pas estre déserteur de milice, de quitter son poste, & de s’enfuirhonteusement sans lé congé de son General ? En tout cas c est estre ridicule 8c infâ-me d’imite r les actions de nos Chinois , 8c de beaucoup d’ Epicuriens , lesquels aprésavoir dépensé avec infamie la meilleure partie de leurs biens, se tuent tout désespé-rés de ne trouver plus d’argent dans leurs coffres, dont ils pûssent entretenir leurluxe, Sc gourmandise.

Les Chinois prennent aussi fort à cœur Finjure qu’on leur fait ; Ce qui a fait dire àMende^de Pinto , qu il y a un métier à la Chine de gens qui conduisent des Braves,on Coupe-jarrêts armés de toutes pieces, le plus souvent dans des barques, d où ilscrient fans cesse en demandant qui a esté offensé, 8c se veut vanger de ses ennemis.L’injure le plus atroce, & qui pénétré le plus avant dans le cœur d un Chinois , c estde s oiiir nommer, les yeux de chat. On dit qu’on punit de mort en la Province deFabien celuy qui a rompu un pot dc terre fur la porte de quelqu’un : le méine se pra-tique aux Malabar es. En vérité, f homme est un animal bien ridicule dans la plu-part de ses sentimens, qu’il n’examine presque jamais.

C’est une grande dépravation de combattre la Nature par une mutilation dans fa Leí chînofgprincipale sin, qui est à nostre égard de perpétuer l’Espece par le moyen des Indivi- mutilentdus, quelle a creéz pour cela capables d’engendrer : d’où vient que F ancienne Loytenoit pour diffamés ceux qui estoient Eunuques ou Chrastrés, 8c les hommes ainíìjW.mutilés estoient de si mauvais augures, méme parmi les Payens, que Lucien asseureen plus d un lieu, qu ils faisoient par leur rencontre rebrousser chemin à beaucoupde personnes, qui aimoient mieux rentrer chez elles que de passer outre. Et I onsçait que Theodose le Jeune fit un Edict, qui defendoit qu’aucun Eunuque ne sut dunombre des Patriciens, pour deshonnorer cét Antioclms , qu’il contraignit par là defe renfermer dans un Cloistre. Mais les Relations nous enseignent que ce défautde virilité n’est pas également honteux par tout, puisqu’au contraire, il rend consi-dérables en plusieurs lieux des gens, qui sens cela ne le seroient nullement. C’estce qui oblige les Chinois de chastrer de bonne heure leurs enfans, 8c dé leur couper

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