DE l/EMPIRE DE LA CHINE. yy
habitude qu ils ont prise, quand même ils ne mettroient ces matelas que íur des aisou des planches : ils font aussi de petits lits & repofoirs de ces osiers, comme aussides coussins qu’ils rempliísent de senteurs, 8c de choses odoriférantes, par volupté& delices.
FLEURS.
L a Chine abonde aussi en diverses odoriférantes & rares Fleurs, qui font fort peu namn %connues de nos Européens. On en voit une nommée Meutan , dans la Provincede Xenfi qui doit bien estre charmante, puis-qu’on l'appelle la Reine des fleurs : Elle 'est plus grande que la Rose de nostre païs, & luy ressemble quand à la figure, maiselle n a point d’elpine,8c a la couleur plus blancheâtre,comme si elle estoit mêlée deblanc & de rouge : On en trouve aussi de rouges & de jaunes. L’arbriíseau qui laproduit ne ressemble pas mal au sureau de nostre Europe. Cette fleur apporte ungrand ornement aux parterres 8c aux jardins des Seigneurs Chinois, qui prennentloin de ne la point exposer aux ardeurs du Soleil, de peur de la perdre.
En la Province de Huquang proche de la Cité de Tau, il tombe une grande quan-à.tiré d’eau, qui forme un Estang, où il naist des fleurs de Là j aunes, lesquelles fontaussi communes dans les marais, que dans les plus beaux jardins de la Province deKiangfì . Ces fleurs sont nommées des Portugais Fula de 6oison , & croissent és eauxcoyes & croupissantes, du sédiment 8c de la consistence desquelles le limon se for-me : elles paroissent dessus l’eau à la hauteur de deux ou trois coudées : les rejetionsausouels elles tiennent sont tres-durs & tres-forts. Une racine produit d’ordinaireplusieurs fleurs, dont aucunes sont violettes, blanches, rougeâtres, & les autresniellées de toutes ces couleurs. Ces fleurs sont plus grandes & plus belles que cellesde nos Lys , mais elle n ont point si bonne odeur. On prendroit d’abord ces plantes
& à sétendre, ayant les bords & les extrémités toutes tournées & recourbées avecde petites boules qui ne tiennent qu a un petit filet, & sont au milieu comme sic estoient les filets de safran dun Lys. Apresìa fleur vient le fruit, dont nous parle*rons cy-aprés.
On trouve en la Province de Qucmtung une efpece de l{ose , qui change tous les xofe.jours deux fois de couleur, & qui tantôt est de couleur véritablement de pourpre, 8ctantôt devient effectivement blanche : au reste elle est fans odeur, 8c croist dans unarbre ; ce changement de couleurs nïa tousjours semblé estre une de ces qualitésoccultes, 8c de ces secrets de nature, dont je laiíse l’expli cation, & la recherche plusexacte, 8c plus particulière aux Naturalistes & Physiciens, ausquels il a plu d'intro-duire , 8c de nous forger de nouvelles opinions touchant la nature des couleurs, 8cl’incidence, 8c la réflexion de la lumière.
La Fleur dé Quei a donné son nom à la premiere Ville Capitale de la Province de Qt ehQucmgfi. Elle y naist fur un arbre qui est fort haut, dont les feuilles ressemblent àcelles dun laurier, ou d un arbre de canelle ; elle est fort petite, jaune, séparée Screvestuë de petites grapes,dont l’odeur est fort agréable. Elle se conserve fort long-temps sor son arbre fans se flétrir, encore bien qu elle soit ouverte Sc épanouie. Apeine est-elle fannée Sc tombée, que l'arbre en engendre une autre, Sc produit unenouvelle fleur qui par fa sosieveté admirable est capable de parfumer,& de rejosiir lacontrée qui la porte. Les Turcs s’en servent pour teindre le crin de leurs chevaux,aprés l avoir fait tremper dans du suc de limon. Les Chinois en font quantité de desserts Sc de galanteries, pour chatosiiller le palais, Sc la gorge, Sc parfumer les tables.
La Province de Chekiang produit une autre fleur blanche que les Portugais desIndes ont nommé Mogorin. Elle naist íur un arbrisseau, Sc ressemble à nostre Jas-min , si ce n est quelle a plus de fesiilles, Sc rend une meilleure odeur : de sorte qu'u-ne seule fleur est capable de parfumer toute une maison. C’est pour cela que lesChinois en font tant d'estât, Sc quils en conservent avec tant de soin les arbres con-tre les rigueurs de l’hyver en des vaisseaux tout exprès.
Le Jasmin croist aussi abondamment en la Province de Queicheu , Sc produit de«fleurs d une odeur tres-agreable, dont les abeilles sont fort friandes.