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L' Ambassade De La Compagnie Orientale Des Provinces Unies Vers L'Empereur De La Chine, Ou Grand Cam De Tartarie : Faite Par Les S-rs. Pierre De Goyer & Jacob De Keyser, Illustrée d'une tres-exacte Description des Villes, Bourgs, Villages, Ports de Mers, & autres Lieux plus considerables de la Chine / Le Tout Recueilli Par Le Mr. Jean Nieuhoff, Mre. d'Hostel de l'Ambassade, à present Gouverneur en Coylan ; Mis En François, Orné, & assorti de mille belles Particularitez tant Morales que Politiques par Jean Le Carpentier, Historiographe : Enrichie d'un grand nombre de Tailles douces
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Hamboef,

J&seaiix.

Catwes hSHÇiïe.

78 ' Description Generale

ROSEAUX.

L a Chine produit plusieurs sortes de Roseaux s on en trouve des carrés dans la Pro-vince de Xantung. Ceux de la Province de Huquang prés le mont de Co , ne du-rent que trois ans. Ceux de Nanking en ont qui croissent en petites foreíts, 8c s enservent au lieu de bois. Ceux de Quantung en ont des noirs, dont ils font des fla-geolets , 8c autres semblables inûrumens. Leur tronc, & spécialement de ceux dumont âeLofeu,eíì par fois si monstrueux,qu'il excede plus de dix paumes en rondeur.Proche de IQngnìng en la Province de Chekìang , il y a un ruisseau nommé Luyeu ,qui paroit tout verd à cause des roseaux qui le couvrent. Les habitans les nommentcommunément é7-o,bien qu il y en ait de diverses fortes. Les Portugais les ont nom-mé Bambm . Il y en a des petits 8c des grands ; mais ils font tous presque aussi dursque du fer , 8c si gros que deux ou trois mains ne les fçauroient empoigner : & bienqu en dedans ils soient creux, distingués 8c divisés par leurs nœuds, si ne laissent-ilspas d’estre tres-forts : de façon qu on s’en peut bien servir pour íòûtenir des fardeauxavec assurance, & sans craindre. Ils ont la pluípart trois ou quatre verges de hau-teur, mais les petits en ont à peine une demie. Les uns ont le tronc avec la souchevert, & les autres l’ont plus noir, & ceux-cy sont les plus solides, auísi les nomme-tfon és Indes des Bamboes malles. Il y a bien du plaisir à voir ces roseaux,à cause queleurs feuilles font un peu longues comme celles de 17m,ayant les extrémités un peutournées Sc repliées, parce qu aussi elles sont vertes toute l’année ; Et bien que cesroseaux soient durs, si est-ce pourtant que ceux qui entendent le métier,les coupentaisément en filets fort déliés, comme si c’estoient autant de membranes ou de pelli-cules , dont il se fait des nattes, des petits coffres, des boëtes, des peignes, & autressemblables petits ameublemens fort délicats, 8c fort mignons, avec beaucoup desubtilité 8c d’addresse ; Ils en battissent mérae leurs maisons avec facilité, 8c s’en fer-vent pour faire les poteaux de plus petits édifices. Des roseaux qui sont plus menusils en font le fust de leurs javelines, dont ils ferrent le bout 8c la pointe ; & les em-ployé nt à six cens autres tels usages, dont le récit scroit trop long 8c trop ennuyeux.Ces Cannes, ou Roseaux estans naturellement percés, sont aussi tres-propres pourfaire des canaux,des conduits, 8c des tuyaux ; ils sont aussi tres-commodes pour fairedes lunettes d’approche à cause de leur legereté, droiture, force, 8c épaisseur. Si onen brûle quand ils sont verts, 8c fraisehement coupés, ils rendent de l’eau commetous les autres bois, laquelle est fort estimée des Médecins,qui s’en servent avec suc-cès pour chasser hors du corps le sang pourri, 8c caillé, qui s'y pourroit avoir amaífëpar quelque chute, ou autre effort. On cueille des jeunes tendrons de ces roseauxavant qu ils portent feuilles, lesquels ont fait cuire avec de la chair au lieu de raves :Aucuns en font tremper 8c confire en vinaigre, & s’en servent toute Tannée au lieude sauces 8c d’entre-mets, comme nous avons parmi nous des concombres, 8c du fe-nouil confits en vinaigre.

La Province de Suchuen produit aussi une grande quantité de Roseaux, ou Can-nes desquelles on tire du tres-bon sucre : Et quoy que cette plante soit connue dansla Chine passé long-temps, si est-ce que les habitans n’ont eu une parfaite connoif.sance de ses vertus que depuis peu de temps z lors qu’un Prestre Indien traversentavec son afne une campagne de roseaux, fut arresté prisonnier par le maistre du -champ, qui demandoit restitution du dommage que son afne luy avoit fait. Le Pre-stre, pour se racheter avec son afne- apprit à son Geôlier la méthode de tirer le sucrede ces roseaux. Le Roseau donc dont on tire le sucre, porte des feuilles semblablesà celles des autres roseaux, que Ton voit au marais 8c au bord des étangs, mais ellessont si trenchantes qu elles coupent les mains comme un rasoir, si on ne les empoi-gne avec addresse. Il croist ailleurs pour l’ordinaire de cinq à six pieds, 8c de la *grosseur d’un pouce 8c demi en circonférence: Il est aussi divisé par plusieurs nœuds,qui sont éloignés d’un demi pied ou environ les uns des autres. Mais en la Chine 8c^en Brefìl , il s’éleve en aucuns endroits jusqu a la hauteur de neuf ou dix pieds, ayantses autres dimensions proportionnées à cette hauteur, 8c ses nœuds dans une plusgrande distance. Ce qui fait qu’ils rendent beaucoup plus de suc, que ceux qu’oncultive dans les autres Iíles. La tige pousse comme un buisson de longues feuillesvertes 8c tousses, comme le Glayeul, du milieu desquelles le roseau que Ton nom-me la Canne de Sucre, s’éleve. , Cette