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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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VOYAGE

convient pourtant que George n’étoit qu’Origi-naire de Trebisonde, & qu’il ctoit né en Candie.Quoiqu’il cn soit, il fleurissoit dans le quinzièmeíìecle fous le Pontificat de Nicolas V. de qui ilfut Secretaîre. Georges avoit auparavant enseignéla Rhétorique & la Philosophie dans Rome; niaisfou entêtement pour Aristote lui attira de grossesquerelles avecBeslarion qui nejuroitque par Pla-ton. Bessarion fut un savant homme aussi, maisses Ambassades le dissipèrent trop. Cela ne l’em-pêcha pas d’écrire plusieurs traitez , & íùr tout defaire une très-belle Bibliothèque qu’il laissa parson Testament au Sénat de Venise. On la conser-ve encore avec tant de soin, qu’on n’en veut com-muniquer les manuscrits à personne , & il fautregarder ce beau recueil comme un thresor enfoui.

Quoique la campagne de Trebisonde soit fertileen belles plantes , elle n’est pourtant pas com-parable , pour ces fortes de recherches , à ces bel-les montagnes où est bâti le grand Couvent deSaint Jean à 25. milles > de la ville du côté duSud-Est. Il n’y a pas de plus belles forêts dansles Alpes. Les montagnes qui font autour dece Couvent produisent des Hêtres, des Chênes,des Charmes, des Guaïacs, des Frênes, & desSapins d’une hauteur prodigieuse. La maison desReligieux n’est bâtie que de bois , tout contreune roche fort escarpée, au fond de la plus bellesolitude du monde. La veuë de ce Couvent n’estbornée que par des passages merveilleux, & j’au-roîs souhaité d’y pouvoir passer le reste de ma vie.On n’y trouve que des solitaires occupez de leursaffaires temporelles & spirituelles, qui n’ont nicuisine, ni science, ni politesse, ni livres; maiscomment vivre fans tour cela ? On monte à lamaison par an escalier très-rude & d’une structu-re fort singulière. Ce font deux troncs de sapin,gros comme des mats de navire, inclinez contrele mur & alignez de même que les montans d’u-ne échelle; au lieu des planches ou deséchellonsque l’on met ordinairement au travers des échel-les, on y a taillé des marches d'espace en espaceà grands coups de hache , & l’on a mis fort àpropos des perches fur les cotez pour servir de

f ardefoux ; car je deffieles plus habiles danseurse corde d’y pouvoir grimper fans ce secours. Latête nous tournoit quelquefois en descendant, &nous nous ferions cassez le col fans cet appui.Il n’est pas possible queles premiers hommes ayentjamais fait un escalier plus simple ; il n’y a qu’àle voir pour se former une idée de la naissancedu monde. Tous les environs de ce Couventfont une image parfaite de la pure nature; une infi-nité de sources y forment un beau ruisseau pleind’excellentes Traites, & qui coule entre de ta-pis verts & des bosquets propres à inspirer degrands sentimens ; mais il n’y a aucun de ces

Moines qui eu soit touché, quoi qu’ils y soientau nombre d’environ quarante. Nous regardionsleur maison comme une tanniere où ces bonnesgens s’étoient retirez pour éviter les insultes desTurcs & pour y prier Dieu tout à leur aise. Ce-pendant ces Anachorètes possedent tout le pays àplus de six milles à la ronde. Ils ont plusieursFermes dans ces montagnes, & même plusieursmaisons dans Trebisonde ; nous y logions dans ungrand Couvent qui leur appartenois & q*í étoítpartagé en plusieurs galetas : A quoi sert tant debien quand on n’en peut pas jouir ? Ils n’ofe-roient faire bâtir une belle Eglise ni un beau Cou-vent ; de crainte que les Turcs n’exîgeassentd’euxles sommes destinées pout ces bâtiinens , quandl’ouvrage scroit commencé.

Après avoir visité les environs du Couvent-, oùil y a des plantes qui amusent le plus agréable-ment du monde, nous montâmes jusques auxlieux les plus élevez , que la neige n'avoit aban-donnez que depuis quelques jours, écd’oùnousen découvrions d’autres qui en étoient encorechargez. Les gens du pays appellent les

Sapins ordinaires , qui ne diffèrent en rien deceux qui naissent fur les Alpes & fur les Pyrénées;mais ils ont conservé le nom d’£*»r* pour uneautre belleespecedeSapinqucjen’avois veuencorequ’autour de ce Monastère. Son frnit qui est toutécailleux & commecilindrique, quoiqu’ua peu ren-flé , n’a que deux pouces & demi de long fur huit ouneuf.lignes d’épaisseur, terminé en pointe, panchéen bas & pendant, composé d’écailles molles, bru-nes, minces, arrondies, lesquelles couvrent dessemences fort menues & huileuses. Le tronc & lesbranches de cet arbre font de la grandeur de cel-les du Picea ordinaire. Ses feuilles n’ont que qua-tre ou cinq lignes de long, elles font luisantes,vert-brun , fermes, roides, larges seulement dedemi ligne , relevées de 4. petits coins , & ran-gées comme celles de nos Sapins , c’est-à-dire,en branche aplatie.

II fallut quitter ce beau pays pour venir à Tre-bisonde chercher nôtre bagage. On nous avertîtfort à propos que 1cPacha venoit départir, & cen’étoit pas une fausse aï larme ; car nous le ren-contrâmes en chemin. Dieu sçait si nous fîme*grande diligence : que scrions-nous devenus ítnous avions perdu une si belle occasion? II fallutdonc travailler toute la nuit à faire nos balots, àchercher du biscuit & du ris» qui sont les chosesles plus nécessaires pour une marche, car on trou-ve de l’eau par tout. Heureusement le Pacha necampa ce jour-là ,quî étoít le 2. Juin, qu’à environquatre heures de la ville. Le lendemain nous le joi-gnîmes avec beaucoup de peine, & nous le trou-vâmes à quatorze milles de son premier camp.

.l’ai l’honneur d’être avec un profond respect > &c.

J LET-