DU LEVA
dans la ville. Outre cette vaisselle que l’on trans-porte en Turquie , en Perse & même chez leMogol 3 on fait un grand commerce à Erzeronde fourrures, & fur tout de celles de Jardava ou■Zerdava, ce font des peaux d’une eí'pece de Mar-tre assez commune dans le pays. Les peaux lesplus foncées font les plus estimées ; on composeles plusptétieufes fourrures avec les seules queues,à cause qu’elles tirent fur le noir , c’est ce quiles rend lì cheres, car il faut bien assembler desqueues de ces animaux pour en doubler une veste.On apporte auíîì à Erzeron beaucoup de Gales decinq ou íix journées de la ville , & l’on-y conser-ve les Chênes avec foin par ordre du Pacha ; lebois feroit d’ailleurs trop cher li on l’y apportoitpour brûler.
Cette ville est le passage & le reposoir de toutesles marchandises des Indes, surtout lorsque lesArabes courent autour d’Alep & deBagdat. Cesmarchandises dont les principales font la Soye dePerse, le Coton , les Drogues , les Toiles pein-tes , ne font que passer en Arménie. On y envend très-peu en détail , & l’on laisseroit moutir un malade faute d’un gros de Rhubarbe,quoiqu’îl y en eût plusieurs balles toutes entiè-res. On h’y debite que le Caviar , qui est unragoût détestable. C’est un proverbe dans le pays,que si l’on vouloir donnera déjeûner au Diable,il faudroit le régaler avec du Cafté fans sucre,du Caviar & du Tabac ; je voudroîs ajoûter duvin d’Erzeron. Le Caviar n’est autre chose queles œufs filez des Esturgeons que l’on prépareautour de la Mer Caspienne. Ce ragoût brûle labouche par son sel, & empoisonne le nez par sonodeur. Les autres marchandises dont on vientde parler, font portées à Trebifonde où on lesembarque pour Constantinople. Nous fûmes sur-pris de voir arriver à Erzeron une si grande quan-tité de Garance , qu’ils appellent Buta', elle vientde N Perfe , & sert pour les teintures des cuirs &des toiles. La Rhubarbe y est apportée du paysd’Usbeq en Tartarie. La Semencine ou la Graineaux vers vient du Mogol. II y a des Caravaniersqui de pere en fils ne lé mêlent que de voiturerles drogues , & .qui croiroient dégénérer s’ils fechargeoieut d’autres marchandises.
Le Gouvernement d’Erzeron rend trois censbourses'par an au Pacha , que nous appelleronsdans la fuite le Begherbcy ou le t^iceroi de laProvince , pour le diltinguer des autres Pachasdu pays qui font fous ses ordres. Chaque bourseest de çoo. écus, de même que dans tout le restede la Turquie; ainsi ces trois cens bourses fontcent cinquante mille écus. Elles fe prennent i°.fur les marchandises qui entrent fdans la Provin-ce , ou qui en sortent ; la plûpart payent troispour cent , quelquefois le double. On exige deTom. II.
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gros droits pour les efpeces d’or &d’argent. LaSoye de Perse Cherbafi qui est la plus fine , &l 'Ardacht qui est la plus grossière payent 80.écus par charge de Chameau , qui est du poidsde 800. jusques à 1000. livres, r". Le Beglier-bey dispose de toutes les Charges des villes dela Province ; ces Charges s’asserment suivantl’uíage du pays, & fe donnent au plus offrant &dernier enchérisseur , comme par tout ailleurs.Z«- Excepté les Turcs , tous ceux qui doiventsortir de la Province pour aller en Perse, sontobligez de payer dans Erzeron au moins cinqécus , quoiqu’ils n’ayent point de marchandi-ses ; c’est comméunc espece de capitation qu’omleur impose. Ceux qui ne portent de l’or & del'argent que pour les frais de leur voyage , doi-vent cinq pour cent fur la somme dont ils fontporteurs-
Nôtre Bcglierbey à son arrivée abolit la plû-part de ces droits , parce qu’il les jugea tyranni-ques ; peut-être que son Successeur les a rétablisou augmentez depuis son départ. Outre ces taxes,avant i’arrivée de Cuperli on exigeoit de tous lesétrangers la Capitation ordinaire , de quelquenation qu’ils fussent , lorfqu’ils entroient dansErzeron, & cette Capitation étoitrégléefur l'esti-mation que iles Turcs fuifoient de chaque per-sonne. Celui-ci, disoient-ils, doit payer dix écusíùr fa bonne mine ; l'autre qui n’a pas beaucoupde bardes n’en payera que cinq. On rançonnoitimpunément les pauvres étrangers ., & les Mis-sionnaires croient les plus maltraitez : pour ne pass’y tromper , on commençoit par découvrir la tê-te des passa n s pour voir s’ils croient tonfurez , enforte que ces hommes Apostoliques destinez pourles pays étrangers , croient souvent obligez delaisser partir lent Caravane pour tâcher d’obte-nir quelque modération , ou pour attendre quel-que gros Marchand Arménien ou Franc qui eûtla charité de payer pour eux. On ne fçauroitavoir de justice fur les frontières d’un si grandEmpire , lorsque les Commandans authorisentles vexations, & ces geas-là ne les authorisentque parce qu’ils en profitent. Quand 011 part deConstantinople pour la Perse , la meilleure pré-caution qu'on puisse prendre, n’est pas seulementd’obtenir un Commandement de la Porte , maisencore des Lettres de recommandation de nôtreAmbassadeur pour les Beglierbeys des frontièrespar où l’on doit passer. Les Religieux Italienssont trop circonspects pour manquer à se mettresous la protection de nôtre Ambassadeur. Le Roide France est bien plus connu & plus estimé desMusulmans , que le Saint Perequ’iis appellent sim-plement le Moufti de Rome.
Les Missionnaires ont beaucoup gagné à lamort deFasuilah-Effeiidi, Moufti dc Conslanti-P tiople ,