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Relation D'Un Voyage Du Levant, Fait Par Ordre du Roi : Contenant L'Histoire Ancienne & Moderne de plusieurs Isles de l'Archipel, de Constantinople, des Côtes de la Mer Noire, de l'Arménie, de la Géorgie, des Frontières de Perse & de l'Asie Mineure / Par M. Pitton de Tournefort : Avec Les Plans des Villes & des Lieux considerables; le Genie, les Meurs, le Commerce & la Religion des differens Peuples qui les habitent; Et l'Explication des Médailles & des Monument Antiques. : Enrichie de Descriptions & de Figures d'un grand nombre de Plantes rares, de divers Animaux; Et de plusieurs Observations touchant l'Histoire Naturelle
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O Y A G E

nople, qui fut traîné dans les nies à Andrinoplefous le Régné précédent. II avoir part , disoit-on ,à toutes les extorsions qui se faisoient dans laProvince d’Erzeron d’où il étoit natif, & où ilpossedoit des biens immenses. Cet homme insa-tiable qui étoit le maître absolu de l’EmpercurMustapha, s’étoit déclaré ouvertement contretous les Religieux , & fur tout contre les Jésui-tes. On ne manqua pas de s’informer si nousétions Paf as , c’està dire Prêtres , mais ce nesutque pour la forme : car outre que le Beglierbeynous honoroît de fa protection , nous n’étions pascertainement tonsure?.

La Province d’Erzeron rend en argent plus de6oo. bourses au Grand Seigneur. Outre les 300.bourses du Garach que l’on exige des Arméniens& des Grecs, il retire encore six pour cent des mar-chandises de laDouanne. Ainsi tout compte fait,ces marchandises payent neuf pour cent, sçavoirfix au Grand Seigneur & trois au Beglierbey. LeGrand Seigneur jouît auíïï du droit de Beldargiou ‘Taille réelle que payent les biens possedez parles Spahis.

La ville d’Erzeron n’est pas fur l’Euphrate,comme les Géographes la placent ; mais plutôtdans une presqu'Isle formée par les sources decette fameuse riviere. La premiere de ces sour-ces coule à une journée de la ville , & l’autreàune journée & demi ou deux. Les sources del’Euphrate font du côté du Levant dans des mon-tagnes moins élevées que les Alpes, mais cou-vertes de neige pendant presque toute saunée.La plaine d’Erzeron est donc renfermée dans deuxbeaux ruisseaux qui forment l’Euphrate. Le pre-mier coule du Levant au Midi , & passant parderrière les montagnes , au pied desquelles laville est située, va se rendre vers le Midi à unebourgade appellée Mommacotum. L’autre ruis-seau après avoir coulé quelque temps vers le.Nord , pareil à peu près à celui des Gobelins,vient passer fous le Pont d’Elija , d’où coulantvers le Couchant , le long du chemin dcTocat,il est obligé par la disposition des lieux de se tour-ner vers le Midi à Mommacotum, où il se jointà I’autre branche qni est bien plus considérable.Ces deux branches s’appellent Frai du mêmenom que la riviere qu’elles forment. Après leurjonction , qui est à trois journées d’Erzeron,leFrat commence à porter de petites laïques, maisfou lit est plein de rochers & l’on nc íauroît éta-blir de route par eau , pour descendre d’Erzeronà Alep, sans rendre cette riviere navigable. LesTurcs laissent le monde comme il est, & les Mar-chands font comme ils l’entendent. Cependant}a voye de la riviere sèroit la plus courte & la plusàe, car les Caravanes font 3?. jours en che-sùa d’Erzeron à Alep, & la route est fort dan-

gereuse à cause des voleurs qui dépouillent les Mar-chands jusques aux portes des villes.

Les voleurs de nuit font quelquefois plus àcraindre que ceux qui volent le jour. Si l’on nefait bonne garde dans les tentes , ils viennenttout doucement & fans bruit pendant que l’onrepose & tirent des bâlots de marchandises aveedes crochets , fans qu’on s’en apperçoive: si lesbalots font attachez ou comme enchaînez avec descordes, il ne manquent pas de bons rasoirs pourles couper. Quelquefois ils les vendent à quelquespas des tentes, mais quand ils découvrent qu’ily a du Musc, alors ils les emportent ct ne laissentque la coque du balot. Quand on paçt avant lejour, comme c’est l'ordinaire , les voleurs se mê-lent avec les voituriers & détournent souvent-desmulets chargez de marchandises, qu’ils dépassentà la faveur des tenebres. . Us nes’attaquent pas àla pire , car ils connoiílent les balots de soyeauffi-bien que les Marchands. II part, toutes lessemaines, des Caravanes d’Erzeron pour Gangel‘ t‘Tejìis , Tauris , ‘Trebismde, ‘Tac ut , ct pour Alep.Les Curdes ou Peuples du Curdiíìan , qui descen-dent, à ce qu’on prétend, des anciens Chaldéens,tiennent la campagne autour d’Erzeron , jusquesà ce que les grandes neiges les obligent à se reti-rer, & sont à l’affûtpour piller ces pauvres Cara-vaniers. Ce font de ces Jafides errans qui n’ont pointde religion , mais qui par tradition croyent enJaJìd ou “Jésus , & ils craignent si fort le Diable,qu’ils le respectent de peur qu’il ne leur fasse dumal. Ces malheureux s’étendent tous les ans de-puis Mousoul ou la Nouvelle Nìnive jusques auxsources de l’Euphrate. Ils ne reconnoissent aucunmaître, & les Turcs ne les puniílent pas, mêmelorsqu’ils font arrêtez pour meurtre ou pour vol,ils se contentent de leur faire rachetter leur viepour de l’argent,& tout s’accomode aux dépensde ceux qui ont été volez. Il arrive même souventque l’on traite avec les voleurs qui attaquent uneCaravane, fur tout lorsqu’ils font les plus forts,ou qu’ils font bien les méchans ; on en est quittealors pour une somme d’argent , & c’est le meil-leur parti qu’on puisse prendre. II faut que cha-cun vive de son métier: pourveû qu’il n’y ait per-sonne de tué ou de blessé , ne vaut-il pas mieuxvuider fa bourse que de verser son sang? il n’encoûte quelquefois que deux ou trois écus par tê-te. D’ailleurs rien ne convient mieux aux voleursque de rançonner les plus foibles, parce que netrouvant pas aisément à qui vendre les marchan-dises , ils en font très-souvent embarrassez. Pré-sentement toutes les Caravanes du Levant pas-sent par Erzeron ; même celles qui sont destinée*pour les Indes Orientales , parce que les che-mins d’Alep & de Bagdat , quoique plus courts,font occupez par les Arabes qui se soat révol-tes