Lettres sur les
52
toujours pour sûr que ion adresse le tire-ra d’affaire, & que s'il y a d u risque , il n’estque pour son Adversaire , que íà vanité luireprésente comme un homme infinimentmoins habile que lui. Voilà la véritablecause de ^intrépidité des Breteurs. Mais com-me ces Messieurs savent très bien, qu’il n’ya point d’adresse qui tienne contre un coupde pistolet, & qu’une baie qui en fort va troproide pour qu’on puisse la parer en dégageantde quarte ou de tierce; que bailleurs ils n’ontnullement envie de se faire tuer, quelquesemblant qu’ils en fassent, il n’est pas éton-nant qu’ils mollissent dèsqu’on leur parle decette manière de se battre. Ils disent qu’iln’y a pas d’esprit, & qu’un Vacher y est aussihabile que le plus adroit Escrimeur au monde.
Une maladie non moins dangereuse quecette fausse Bravoure, ce sont ces Rhumesde Lampsjque, dont la plupart de nos Offi-ciers font régalés gratuitement par le Dieudes Jardins. Pour guérir de ces maux-là, onest obligé d’aller voir le Dieu Mercure.Ce voyage n’est pas toujours heureux, plu-sieurs crèvent en chemin ; les autres en re-viennent si fatigués, qu’ils se trouvent aussiinutiles au Dieu Mars , que peu propres àI’Hymen. Vous me pardonnerez, s’il vousplaît, cette petite allégorie, vous n’aurez pasde peine à en trouver l’analogie. Cependantprofitons de l’exemple , & iòuvenons-nous,
vous