François &c. Lett. VIII. 125
dans ce défaut ; mais comme dans tous lesPays du Monde , un bon Esprit est unechose assez rare , & que le nombre desSots est le plus grand , il arrive souventqu’un Voyageur est apostrophé à cause desa Nation , par ceux chez qui il voyage.Cependant un Voyageur sage doit fuir cessortes de disputes avec autant de foin quecelles de Religion. Ce seroit une grandeimprudence à un Luthérien qui voyageraiten Espagne , d’aller prêcher sa Religion auxEJpagnols & ceux-ci auraient bien mauvai-se grâce s’ils lui alloient rompre la tête durécit ennuyeux des Miracles de leurs Saints.II en est de-même dans le cas en question.Un François , qui voyage en Allemagne, acertainement grand tort de vouloir conver-tir ceux des Allemans qui ne pensent pasavantageusement de sa Nation ; & les Alle-mans qui veulent lui persuader que leur Na-tion est plus brave , plus guerrière que laFrançoise , ne me paraissent guéres plus rai-sonnables. Je ne prétens pas ici me don-ner pour modèle à personne ; mais je ne puism’empêcher de vous dire, que j’évite avecfoin ces disputes triviales. Dès-qu’on enta-me cette matière, je tâche de détourner lediscours. Si j’ai affaire à gens têtus, qui re-viennent à la charge , je leur donne gagné;& voilà la dispute finie.
Un Milord me demandoit un jour, fi je
n’étois