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de part que personne. Mais en généraltous les Réfugiés s’accordent assez à détesterla mémoire de Louis XIV, & ne lui é-pargnent pas les titres de Tiran , de Persécu-teur , de Barbare. On est même sûr de leurdéplaire , & d’être traité de Papisie , de Con-vertisseur , si l'on s’avise d’en parler en destermes moins emportés. Ils ont tort fansdoute, un peu moins de colère ne con-viendrait pas mal à des Chrétiens Réformés .Ils attribuent à un Prince, ce qui peut-êtren’est que l’effet de leurs péchés. Mais di-sons quelque chose de moins analogique,& de plus sûr. Depuis quand un Roi deFrance íera-t-il privé des droits que les Pro-testons accordent à la plus petite de leur Ré-publique ? Quoi ! Genève aura eu le privilè-ge de chasser son Evêque , son Souverain,parce qu’il étoit Catholique ,- & Louis XTVn’aura pas celui de chasser quelques-uns deses Sujets, parce qu’ils étoient Proteftans ?Genève empêchera les Etrangers-mêmes d’al-ler à la Messe, & Louis XIV ne pour-ra défendre à ses Sujets d’aller au Prêche?Le Sénat d’une très petite République ferabrûler un pauvre Espagnol pour Hérésie , onlouera & on justifiera cette action barbaredans des Ecrits imprimés ; & l’on criera auTiran , au Cruel contre Louis, pour a-voir fait emprisonner, ou mettre aux Ga-lères de ses propres Sujets qu’il a cru Hé-rétiques ?