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Lettres sur les
Maintenant íì vous me demandiez ce queje pense de Y Iliade & de la Henriade , voici ceque je vous répondrois. II y a plus de va-riété , plus de feu, plus d’harmonie dans 17-liade j mais je trouve plus de justesse , plusde naturel, plus de solidité, & peut-être plusde majesté dans la Henriade. Homère vole à ,perte de vue; Voltaire marche avec précaution,mais fans timidité. Le génie du Grec est plusfougueux , plus fécond ; celui du François est ;plus modéré, & plus méthodique. Homères’abandonne à l'enthousiafme, & à la fureurpoétique qui ranime ; Voltaire , aussi bon Phi-losophe que Poète ,j,ne perd jamais la Natu-re ni la Raison de vue. Enfin, si Voltaire n’apas dans fa Henriade toutes les beautés d’Ho-mère, de Virgile , d eMilton, ni du Tasse , dumoins faut-il convenir qu’il n’a pas tous leursdéfauts Ce ne fera pas trop l’élever, quede le placer immédiatement à côté de ces quat-tre ; & même s’il falloit vous dire franche-ment ma pensée, je vous avouerois que je lecrois au dessus du Tajse ,- mais vous croiriezd’abord que c’eít prévention pour ma Na-tion , quoiqu’à parler franchement je ne re-garde en Mr. de Voltaire que le Poète. Voussavez bien, mon Cher, & vous m’avez sou-vent rendu cette justice, que je ne me laisseprévenir ni pour François , ni pour Arabe.
On accuse Voltaire d’avoir puisé en Angle-terre des fentimens un peu Républicains, &
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