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Lettres sur les
J’aime l’ordre par-tout, excepté dans lesplaisirs. Si jamais il a dû être banni deendroit, c’est de ceux où Ton s’as-
semble pour se divertir. 11 y a une cer-taine confusion qui plaît dans le divertisse-ment , & qui en fait pour ainsi dire le sel.J’ai un panchant invincible pour la libertédans les parties de plaisir, & dans la Socié-té ; c’est, selon moi , le plus grand agré-ment de la vie ; fans elle honneurs, ri-chesses , tout n’est rien , & il ne peut yavoir de véritable joie.
Vous sentez bien, mon Cher, qu’étantdans de pareilles dispositions, je ne m'ac-commode guères de vos Sociétés subordon-nées. En effet il ne m’est pas possible deme divertir avec des Allemans d’un rangau-dessus du mien, à moins que ce ne soitde ceux à qui le séjour de Paris, .& la fré-quentation des François , ont donné une hu-meur & un goût tout différens du reste defa Nation. Avec les autres, les plus grandsplaisirs font insipides pour moi; je fais sem-blant d’être gai, tandis que je m’ennuye àla mort de me sentir dans la contrainte.Je joue avec ces gens-là à-peu-près le mê-me rolle que joueroit un homme à qui onlieroit les mains & les pieds, & qu’on pla-ceroit dans cet état dans le plus beau Pa-lais du monde, plein de trésors, des mets lesplus exquis, & des vins les plus délicats. II mesemble que je fuis devenu Sancho Pança, quand