Allemans &c. Lett. IX. 341
avant que de finir, il faut vous dire un motdes beautés de la Langue Allemande : cartout n’est pas défaut chez elle. U Allemand a,comme le Latin , la liberté de varier ses con-structions. Je me souviens de vous en avoirparlé dans ma Lettre fur la Langue Françoise.Outre cet avantage, la Langue Allemandeà celui d’être plus abondante , quoiqu’ellene puisse pas exprimer autant de chosespar des noms propres. Elle a encore leprivilège de n'être point restrainte à certai-nes expressions plutôt qu’à d’autres. Parexemple , pour dire on Fa tué , on dira fortbien on Fa fait mort. Les Latins (a) difoientauflì, on Fa fait froid. En Allemand on fesert pareillement de cette expression, & deplusieurs autres , pour lignifier la mêmechose. Tout ce que VAllemand peut expri-mer , il l’exprime de diverses laçons , lanscraindre ni les Puristes , ni ces Esprits poin-tilleux qui ne cherchent qu’à critiquer, quin’aiment dans le Langage que la nouveauté,& non la commodité. Les Allemans dirontdans leur Langue ma (b) Sororité , pour ex-primer tous leurs Frères & Sœurs ; ma Va-letterie (c), pour dire tous mes Valets.Enfin rien ne les empêche de forger desmots dans la conversation , & personneY 3 ne
(a) Frìgìdm veut souvent dire mort en Latin.
(b) Aíeìn Gefcbvvifier.
(c) Knechterey.