Satire I.
Sans doute; & ce qui eft encore plus flateur, c'est lorsqu’a la fin d’un repas’, quand on fert le vin de Falerne ,les Romains, apres avoir fäit könne ehere, parient de poe-tle alors un des convives , vetu d’une rode de pourpre,balbutie un poeme enhnyeux für les charmes de Phillis ,& für les malheurs d’Hypsipile , ou vient declamer d’un tonridicule & en nasillant qutlque triste elegie. Les Romains ap-plaudissent; cela n’est-il pas propre ü rendre un poeteheureux , meme apres sa mort ? oui, le marbre quile couvre en devient plus leger , les fleurs naissent deses cendres. l’A m l. Vous poussez la raillerie trop loin ;qui ne voudroit avoir merite les applaudissemens du pub-lic , & laisser ä la posterite des ouvrages conferves avccsoin , & pour jamais a l’abri des mains de l’epicier ?Pekse. Vous , dont j’ai jufques ici combattu les rai-sons, apprenez que je ne crains pas les louanges ; non,je n’y fuis point insensible, lors qu’il m’arrive, ce qui esttres - rare , de bien ecrire. Mais que ces louanges doi-vent etre le feul but d’un auteur , c’est de quoi je ne con-viens pas. En effet , examinons ces applaudissemens, &für quoi l’on s’ecrie; fort bien , que cela eft beau ! c’est lapenible Iliade d’ Accius, ce fönt des elegies compofees ausortir de table par nos jeunes feigneurs , couches für deliebes fophss. Meffieurs , vous avez le leeret d’etre ap-plaudis , on fait bonne ehere chez vous, & vous habillez lesparasites de vos depouilles. C’est dans ces momens que vousleur dites , saime le vrai, ne me fatez fas , dites-ntoi au juste ,qui fensez-vous de mes vers ? Vous plaifantez, Comment peut-onvous dire la verite, ä vous, le pere de la bonne ehere, vous dont
l’heureux