34.2 Prosodie Françoise,
l’oreille. Juge, en effet, le plus orgueilleux qu’onpuisse imaginer: car il prend son parti dans l’instant,& fans daigner, ni écouter aucune remontrance,ni rendre aucune raison de ses arrêts.
Pour obéir à l’oreille, ne négligeons jamais lenombre, mais varions-le souvent. Elle demandequ’on soit attentif à lui plaire, fans que cette at-tention fe fasse remarquer. Une fuite de périodes,toutes de la même étendue,dont les membres se-rment également partagés, & qui produiraient unnombre uniforme, rje manquerait pas de fatiguer,& décélérait un art odieux. II faut couper nosphrases à propos. Mais il y a une manière de lescouper, qui, bien loin d’interrompre l’harmonie,sert à la continuer, & la rend plus agréable Carne confondons pas le style qui n’est pas périodi-que, avec le style qui n’est point lié. On peutn’être pas toujours périodique, il y a même plusde grâce à ne l’être pas toujours: mais on doittoujours lier ses phrases, de manière qu’elles soientenchaînées l’une avec l’autre. Je porte envie auxGrecs, dont la Langue étoit si abondante en con-jonctions: au lieu que la nôtre n’en conserve quetrès-peu ; encore voudroit-on nous en priver. Riende plus contraire à l’harmonie, que des repos tropfréquens,& qui ne gardent nulle proportion entreeux. Aujourd’hui pourtant c’est le style qu’onvoudrait mettre à la mode. On aime un tiffu depetites phrases isolées, décousues, hachées, déchi-quetées. II semble que la valeur d’une ligne soitune immense carrière, qui suffise pour épuiser lesforces de l’Auteur;& qu’ensuite,tout horsd’halei-ne, il ait besoin de faire une pause, qui le metteen étKt de recommencer à penser. Ordinairementees sortes de gens ont des idées aussi bornées, &
aussi peu liées, que leurs phrases. Vraies copies
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