Prosodie Françoise. 343
de cet Hégésias, dont Cicéron (a) dit, que siquelqu’un cherche un sot Ecrivain, il n’a qu’à pren-dre celui-là.
Par tout ce qu’on vient de lire, il est aile devoir en quoi les loix de l’harmonie sont les mêmespour le Poète, & pour l’Orateur; en quoi ellesfont différentes, L’un doit, comme l’autre, donnerà son discours cette forte de modulation, qui ré-sulte , non seulement de la valeur Jyllabìque , maisencore de la qualité ì ér de Varrangement des mots.L’un doit, comme l’autre, varier toujours son har-monie, & de manière que jamais elle ne soit in-terrompue. Jusques-là l’Orateur & le Poète Fran-çois marchent de compagnie. Mais deux chosesaisées à remarquer, la Mesure & la Rime, distin-guent essentiellement le Poète, & lui font une es-pèce particulière d’harmonie, qui n’a plus rien decommun avec celle de l’Orateur. Auíîì est-il per-mis au Poète, il lui est même ordonné de fairebien sentir son harmonie: tandis que l’Orateur,s’il est prudent, ne fait guères moins d’effort pourdéguiser, que pour sailir celle qui lui est propre.De-là vient qu’en faveur de ces sons mélodieux,que le Poète seul a droit de nous faire entendre,non feulement nous lui pardonnons des inversionsplus fortes, & plus fréquentes; mais pour le ren-dre inexcusable, s’il manque à nous flatter l’oreil-le, nous lui accordons, & plus de liberté dans lechoix des mots, & moins de contrainte dans lastructure de ses phrases, & plus de hardiesse dansses tours.
Je reviens donc aux Orateurs. Peut-être la plu-part
(a) Quant (numerosam compreheníïonem) perverti fu-giens Hegefias .... faltat , incident f articulas ; & is quidem«os minus sententiit peccat , qaàm veríis : ut nets qtuerat qu t meppeikt intptum , qui iiium ctsgnovcrit. Orat, LX VU.
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